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Une revue scientifique met en cause l'essai clinique du professeur Raoult sur le traitement à base de chloroquine

Échantillon trop petit, protocole de recrutement des patients pas assez fiable: une revue sur les médicaments pointe des failles méthodologiques dans les tests de Didier Raoult concernant la chloroquine.

Il ne participera pas aux prochaines réunions du conseil scientifique qui "ne correspond plus à ce qu'il pense d'un conseil stratégique". Dans une vidéo publiée mardi sur son compte youtube, le professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, indique qu'il reste néanmoins en contact avec le ministère de la Santé et avec le président de la République pour dire "ce qu'il pense".

Cette figure controversée dans le milieu médical, à la tête de l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection à Marseille martèle qu'il faut faire des dépistages massifs et défend l'usage de la chloroquine comme traitement contre la maladie. L'équipe du professeur a indiqué son intention d'administrer ce traitement à tous les patients infectés. Didier Raoult est persuadé que cette molécule, utilisée notamment contre le paludisme, est un remède au Coronavirus. Sa preuve ? L'essai clinique qu'il a piloté dans son institut.

Cependant, l'emploi du conditionnel est plus que jamais de mise concernant les résultats de ce test. C'est en tout cas ce que dit la revue Prescrire, revue indépendante sur les médicaments, dans un article qui pointe les failles méthodologiques des tests du Professeur Raoult.

Trop peu de patients ?

Première faiblesse de cet essai clinique, selon la revue, l'échantillon choisi est trop petit, 26 patients seulement, c'est inhabituel, pointe l'un des auteurs. Deux patients ont par ailleurs abandonné en cours de route.

Deuxième limite, le protocole de recrutement des patients ne serait pas assez fiable. Pour tester une molécule, il faut deux groupes de patients aux profils similaires. L'un reçoit le traitement, l'autre non. Les scientifiques comparent les résultats. Or, dans le cas du test du professeur Raoult, les deux groupes n'auraient pas été choisis correctement pour aboutir à un résultat solide.

Les conclusions de l'étude, la disparition en une semaine du virus chez la plupart des patients traités, ont donc peu de valeur scientifique. Et la revue Prescrire conclut : le traitement à la chloroquine n'a pas été prouvé de manière suffisamment rigoureuse.

Juliette Droz avec Guillaume Descours