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Sarkozy, le candidat de la fermeture !

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Le sommet franco-italien de ce mardi à Rome doit régler les différends entre les deux pays sur l'immigration clandestine. La France souhaite une révision des accords de Schengen. Après avoir été le président de l'ouverture, Nicolas Sarkozy se mue en candidat de la fermeture à un an de la présidentielle.

En 2007, c’était le président de l’ouverture. Il appelait des ministres de gauche et il promettait que la France serait au côté des peuples qui souffrent, surtout au sud de la Méditerranée… Aujourd’hui, l’intervention en Libye ne suffit pas à occulter l’impression d’ensemble : celle d’un pays qui se replie sur lui-même, qui se referme, au sens propre puisque la proposition française, soutenue par l’Italie, consiste à restreindre la libre circulation des personnes au sein de l’UE. La cause de ce durcissement est un fantasme : la « vague » d’immigration qui arriverait du Maghreb. En fait, 20 000 Tunisiens ont débarqué à Lampedusa depuis la chute de Ben Ali. Et personne ne sait combien sont passés en France. De toute façon, pas assez pour peser à ce point sur le système français puisqu’ils n’ont droit à rien ou presque. Mais l’histoire est pleine d’élections qui se sont jouées sur des fantasmes…

Est-ce que ce n’est pas, surtout, un effet supplémentaire de la montée en puissance du FN ?

Evidemment. La force de Marine Le Pen, c’est qu’elle réussit à connecter ces fantasmes aux difficultés vécues par beaucoup de Français modestes, comme si l’immigration, encore et toujours, était l’explication de tout ce qui ne va pas. Le sondage du JDD ce week-end montre que la martingale fonctionne : plus d’un tiers des ouvriers voteraient Marine Le Pen ; c’est plus de deux fois plus que Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy, et que Jean-Marie Le Pen en 2007 !
Les ouvriers ne feront pas l’élection à eux seuls, mais on entend bien monter dans le discours politique la méfiance envers la mondialisation, y compris au PS et à l’UMP. C’est pourquoi on parle de rétablir des taxes, de revenir à des formes de protectionnisme… et de fermer les frontières. La ligne politique majoritaire, c’est la ligne Maginot !

Les Français eux-mêmes n’ont-ils pas peur de la mondialisation ?

Pas seulement les Français mais plus généralement la plupart des peuples occidentaux (en tout cas européens) qui redoutent de voir leur niveau de vie chuter sous la pression des pays émergents où tout est moins cher. On ne peut pas leur donner tort d’avoir peur. Mais le rôle des politiques, ce n’est pas de souscrire aux craintes de l’électorat mais d’y répondre et d'avancer des solutions. D’être pédagogues et créatifs. Or la gauche en reste globalement à une vision étatique et anachronique de l’économie, et Nicolas Sarkozy change trop souvent de politique pour laisser penser qu’il en conduit vraiment une. Pour l’instant, ça laisse un boulevard au Front national.

Donc quand Nicolas Sarkozy dit qu’il « sent bien » la situation pour 2012, il bluffe ?

Pas sûr. Il croit dur comme fer qu’un mouvement d’opinion mondial pousse les pays démocratiques à la droitisation. On en voit les symptômes : demande d’autorité, de sécurité, d’identité, rejet de l’immigration (surtout musulmane). Son pari, c’est donc que l’élection se jouera à droite, et non pas au centre, et que Marine Le Pen n’arrivera pas à passer d’un discours protestataire à un vrai projet de gouvernement crédible. D’où la mise en avant du bilan orchestrée par l’Elysée ces jours-ci pour convaincre que Nicolas Sarkozy est capable d’agir, de réformer, de transformer – sous entendu : contrairement au FN et au PS. C’est ce qui se joue avec la fermeture des frontières comme avec la prime obligatoire pour les salariés. Ce n’est pas du bluff puisqu’il en est convaincu. Mais il peut se tromper.

Ecoutez «le parti pris» du mardi 26 avril avec Hervé Gattegno et Christophe Jakubyszyn sur RMC:

Hervé Gattegno