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Air France: "La première violence, c'est la violence sociale"

TEMOIGNAGES - Ce lundi matin, une centaine de salariés en colère a violemment interrompu le Comité Central d'Entreprise d'Air France alors que la direction de l'entreprise venait d'annoncer un plan de restructuration qui mettait 2.900 postes du groupe sur la sellette. Des violences qui n'ont pas manqué de faire réagir…

Le DRH d'Air France, torse nu, la cravate nouée autour du cou tentant de fuir en escaladant un grillage à l'aéroport de Roissy... La violence de cette image a frappé tous les esprits et a entaché le mouvement syndical des salariés d'Air France menacés par un plan social. Ce lundi matin, une centaine de salariés en colère a interrompu le Comité Central d'Entreprise de la compagnie aérienne alors que la direction de l'entreprise venait d'annoncer un plan de restructuration qui mettait 2.900 postes du groupe sur la sellette.

"Tout fait pour que cela se passe bien"

Mais pour Patrick, qui a vu au loin Xavier Broseta, le DRH de la compagnie, être brutalement pris à partie, la violence n'est pas là: "La première violence, c'est la violence sociale. Mettre 3.000 personnes sur le pavé, ce n'est pas de la violence?, interroge-t-il, très remonté. Quand vous avez des crédits, des enfants et que vous vous retrouvez avec la menace d'être licencié demain, que faites-vous?"

Miguel Fortea, secrétaire général de la CGT Air France, n'a, lui aussi, pas voulu clairement condamner les violences. D'ailleurs, il rejette la responsabilité de ces dérapages sur la direction. "Je suis désolé s'il y a une chemise déchirée mais à côté de cela on a 2.900 personnes qui risquent de se retrouver sans emploi". "On a tout fait pour que cela se passe bien. Malheureusement, la direction n'a pas créé les conditions pour que cela se passe bien", poursuit-il.

"Cela a été atroce"

Mustapha, conducteur d'engins depuis 20 ans, accuse pour sa part la direction de monter les salariés les uns contre les autres. "On a les pilotes contre les commerciaux, les navigants contre les personnels au sol… C'est toujours la faute des autres mais jamais la leur", estime-t-il. Et que pense-t-il des violences qui ont émaillé la journée? "Bien sûr c'est révoltant mais je comprends le désespoir qui a poussé à faire cela. Je ne comprends pas le geste mais je comprends pourquoi ils l'ont fait. On veut plus sauver cette entreprise que nos patrons, c'est à eux de partir".

Tous les syndicats condamnent cette violence mais pour Christophe Mallogi, secrétaire général Force ouvrière, si la direction n'agit pas très vite d'autres incidents pourraient survenir. "Il y a eu un évènement. Cela a duré cinq minutes, cela a été atroce, très violent", admet-il avant d'assurer: "On a fait un mouvement pour taper un coup de poing sur la table et s'il faut en faire un autre, on en fera un autre. De la même manière". Et d'ironiser: "Mais peut-être que nos dirigeants devront cette fois prendre des pulls".

Maxime Ricard avec Pauline Baduel