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Alstom à Belfort: "Ça sera difficile pour le gouvernement d'inverser la tendance"

Jean-Marc Daniel, économiste, professeur à l'école supérieure de commerce de Paris, ce vendredi.

Jean-Marc Daniel, économiste, professeur à l'école supérieure de commerce de Paris, ce vendredi. - RMC

EMPLOI - Après l'annonce par Asltom de la suppression de 400 emplois à Belfort, le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, a été convoqué à Bercy. Pour l'économiste Jean-Marc Daniel, la marge de manœuvre du gouvernement dans ce dossier est extrêmement limitée.

Jean-Marc Daniel, économiste, professeur à l'école supérieure de commerce de Paris, était l'invité de Jean-Jacques Bourdin, ce vendredi, sur RMC.

Macron nous disait zéro suppression de poste chez Alstom...

"L'histoire le rattrape. L'enjeu, c'est effectivement 400 emplois. Le gouvernement s'en saisi, mais ce n'est plus Emmanuel Macron, puisqu'il est parti. Ce qu'il faut voir dans cette affaire, c'est que ça intervient une semaine pratiquement après l'annonce, par Alstom, d'un contrat extrêmement important aux Etats-Unis, où ils vont s'occuper de la mise en grande vitesse de la côte Est des Etats-Unis".

Alors pourquoi ferment-ils l'unité de Belfort d'Alstom?

"Parce que la France est assez bonne dans tout ce qui est technologies avancées, ingéniérie, etc. La semaine où Alstom annonçait qu'ils avaient un contrat aux Etats-Unis, on a inauguré un pont sur le Bosphore - une réalisation technique exceptionnelle - dont l'ingéniérie avait été conçue par une équipe de Français. Donc on a, sur le plan industriel, des ingénieurs de très bon niveau, mais on a un problème, globalement, de coût du travail. C’est-à-dire que le principal concurrent d'Alstom, c'est le Canadien Bombardier, qui œuvre dans des conditions de production qui sont analogues à celles de la France. Or lui, il produit beaucoup et la France conçoit beaucoup. Et donc dans cette affaire, il y a le problème de la capacité de la France à garder l'ensemble de la chaîne de production, et de ne pas être uniquement une société d'ingénieurs".

En France, on supprime des emplois sans être cap en recréer?

"Quand on crée des emplois, à l'heure actuelle, on les créée, effectivement, dans des technologies de haut niveau, de pointe. On les créée de façon assez précaire, puisqu'une entreprise sur deux qui est créée est une entreprise d'autoentrepreneur. C’est-à-dire qu'il y a une espèce de sas d'entrée sur le marché du travail par l'autoentrepreneur. Et la formation de l'ensemble de la population se déconnecte, par rapport à cette réalité. On est dans une phase où il y a à peu près 10% de chômeurs et il y a 30% des entreprises qui déclarent avoir des difficultés à trouver des personnes compétentes quand elles lancent un appel sur le marché du travail".

Est-ce que le gouvernement peut intervenir dans l'affaire Alstom?

"C'est un sujet sur lequel le gouvernement est abondement intervenu. Sarkozy était intervenu, était entré dans le dossier européen. Le commissaire européen Mario Monti avait même dit qu'il avait une 'intrusion brutale' dans le dossier. Donc le gouvernement s'en occupe beaucoup parce que c'est un symbole. Alstom, c'est l'Alsace".

Résultat, ça ferme...

"C'est une entreprise qui, effectivement, change régulièrement de périmètre. Qui a connu, effectivement, des erreurs industrielles à un moment donné. Mais je crois qu'on n'est plus là. On est dans une phase de mutation. Et il sera un peu difficile pour le gouvernement d'inverser la tendance".

C. P.