RMC

Faut-il faire disparaître le statut de cheminots? Ca fait débat sur RMC

Dans son rapport remis jeudi au gouvernement, Jean-Cyril Spinetta, ancien PDG d’Air France, est très clair: l’ouverture à la concurrence de la SNCF, prévue l’an prochain, n’est pas compatible avec le statut actuel des cheminots. Les nouveaux embauchés à la SNCF n’y auraient donc plus droit. Décryptage.

C'est un rapport qui pourrait bouleverser le fonctionnement de la SNCF. Dans un rapport remis ce jeudi au gouvernement, Jean-Cyril Spinetta, l'ancien PDG d'Air France, préconise notamment l'abandon du statut des cheminots. Ainsi, si le gouvernement décide de suivre ce rapport, les nouveaux embauchés n'auraient pas le statut de fonctionnaires. 

Ce statut a été imaginé en 1938, à l’époque où 6 compagnies ferroviaires opéraient en France. Aujourd’hui, 150.000 agents SNCF en bénéficient, soit 90% du personnel. Concrètement, ce statut, c’est d’abord l’emploi à vie: pas de licenciement possible sauf pour faute lourde. Ce sont aussi les 35 heurs garanties, cinq semaines de congés payés et 28 jours de RTT. Les cheminots peuvent également compter sur une retraite plus précoce (même si elle s’aligne progressivement sur le régime général), une rémunération brute à 3.173€ par mois en moyenne, c’est-à-dire plus que dans le privé. Et la gratuité des centres médicaux et des trains pour les cheminots et leur famille.

"On va se retrouver avec une qualité et un respect de la sécurité moindre"

Des avantages justifiés par les horaires décalés, le travail de nuit, les week-ends travaillés et les nuits passées hors du domicile, rappellent les syndicats. En priver les nouveaux embauchés à la SNCF, c’est risquer d’avoir des jaloux ou des cheminots moins consciencieux, prévient Bruno Poncet de Sud Rail, sur RMC:

"Les gens qui vont rentrer, on va leur donner une autre culture que la nôtre. Ils auront d'autres obligations que nous. Et ce sera surtout une obligation de productivité et de rentabilité. Vous allez vous retrouver certainement avec une qualité et un respect de la sécurité nettement moindre. Donc, vous allez mettre en péril la société et les voyageurs. Regardez ce qu'il s'est passé en Angleterre: il y a eu des catastrophes ferroviaires et aujourd'hui, ils veulent revenir en arrière. Donc nous, on a peur de ça, parce qu'on sait que ça va se passer comme ça dans cette course à la rentabilité".

"Ca peut vouloir dire peut-être des revalorisations salariales"

Pas tout à fait, parfois, même, ça se passe bien lui rétorque l’ancien secrétaire d’Etat aux transports Dominique Bussereau, sur RMC:

"Ca s'est déjà fait: comme pour Orange et d'autres entreprises publiques qui ont été privatisées ou partiellement. Ca peut vouloir dire peut-être des revalorisations salariales ou en tout cas des salaires plus alignés sur les autres entreprises si certains cheminots n'étaient plus recrutés au statut. C'est une souplesse. Ca nécessite un dialogue social pour que l'opération soit bien comprise. Mais intellectuellement, ce n'est pas absurde".

Plusieurs scénarios sont envisagés dans le rapport Spinetta pour changer les contrats. Un plan de départ volontaire est également évoqué. Tout cela reste à négocier. Ce qui est sûr, c’est qu’Emmanuel Macron s’est déjà dit favorable à une réforme du statut de cheminot. En juillet dernier, dans un entretien au magazine interne de la SNCF, il envisageait d’échanger une partie de ce statut (notamment le régime spécial de retraite) contre un allègement de la dette du groupe ferroviaire, estimée à 50 milliards d’euros.

Matthieu Rouault & X.A