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Hausse de la mortalité routière: "Il faut sortir de la seule politique répressive"

La mortalité sur les routes a augmenté de 0,2% en 2016, selon les chiffres communiqués ce lundi par le ministère de l'Intérieur.

La mortalité sur les routes a augmenté de 0,2% en 2016, selon les chiffres communiqués ce lundi par le ministère de l'Intérieur. - Pascal Guyot - AFP

Le nombre de tués sur les routes n'a que très légèrement augmenté en 2016 (+ 0,2%, avec 3.469 personnes tuées), a annoncé ce lundi le ministère de l'Intérieur. Mais il s'agit de la troisième année consécutive de hausse (+3,5% en 2014 et +2,3% en 2015). Pour Didier Bollecker, président de l’Automobile Club Association, cela prouve les limites de la seule politique répressive. Sur RMC.fr, il explique en quoi des stages de formation tout au long de la vie permettrait de baisser à nouveau la mortalité routière.

Didier Bollecker est le président de l’Automobile Club Association, qui représente et défend les intérêts des usagers de la route.

"Si on n'arrive pas à descendre sous la barre des 3.000 tués, c'est tout simplement parce qu'on part d'un point de vue qui est uniquement celui de la répression. En France, la sécurité routière, c'est la répression et absolument pas la formation et l'éducation. C'est là que se trouve aujourd'hui la limite incompressible de la sécurité routière ne marchant que sur une jambe. On veut diminuer la vitesse, on crée de nouvelles infractions, on rajoute des radars, mais ça ne sert plus à rien. C'est complètement utopique si ce n'est pas accompagné de formations. Je ne dis pas qu'il faut supprimer les radars, je dis simplement qu'il nous manque le deuxième volet de la sécurité routière qui est la formation.

Pour une première formation obligatoire un an après l'obtention du permis

Cela fait des années que l'Association des automobiles clubs réclame une formation continue du conducteur. L'Autriche a mis en place depuis une douzaine d'années un stage sur piste de sécurité routière et un stage théorique dans les 18 mois qui suivent l'obtention du permis de conduire, ce qui a permis de diminuer la mortalité des jeunes conducteurs de 30%. En France, quand on parle du continuum éducatif du conducteur, on répond 'ça va coûter cher'. Mais les morts, ça coûte encore plus cher. On se voile la face, donc on fait de la répression.

Nous ce que nous souhaitons, c'est d'abord une première formation obligatoire entre 12 et 18 mois après l'obtention du permis. Ensuite, on peut envisager des formations volontaires qui permettraient de gagner quelques points de permis. Ces formations peuvent être très efficaces. Prenez l'alcoolémie: si lors d'un stage, vous mettez au stagiaire des lunettes déformantes qui lui montrent comment il voit quand il a un gramme d'alcool dans le sang, il va commencer à réfléchir; idem si vous lui dites que s'il conduit en état d'ivresse ou sous l'emprise de stupéfiants, il n'est pas assuré et qu'il va payer toute sa vie s'il renverse quelqu'un. Ça fait partie de l'éducation. Concernant les excès de vitesse: les jets d'eau sur les pistes de sécurité routière qui permettent de simuler les dérapages à vitesse réduite montrent à chacun qu'il ne sait pas rattraper une voiture qui dérape. Ces stages, ce sont des écoles d'humilité.

Que toutes les voitures soient équipées de radars anti-collisions

Quant au coût de ces formations, ça ne coûte pas plus cher qu'un abonnement à un smartphone pour un jeune. Le financement est un faux prétexte. On n'a pas envie de le faire parce que c'est compliqué à mettre en œuvre. Mais il ne faut pas se voiler la face, sans ça, on n'abaissera pas le plafond de verre.

L'objectif de 2.000 tués sur les routes en 2020 ne me paraît toutefois pas irréalisable. A condition que se généralise également un certain nombre d'équipements dans les voitures. Nous militons pour que toutes les voitures soient équipées de radars anti-collisions. Des études américaines montrent que 60% de l'accidentologie serait supprimée si tous les véhicules disposaient du freinage d'urgence automatique. Mais avec un parc automobile français âgé en moyenne de 8 ans, ces nouvelles technologies n'entreront que très progressivement dans notre univers".

Propos recueillis par Philippe Gril