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Licenciement de quatre salariés d'Air France: "Cette décision est clairement faite pour intimider"

TEMOIGNAGES - Quatre salariés d'Air France mis en cause pour des violences le 5 octobre ont été licenciés "pour faute lourde", un cinquième, représentant du personnel, fait l'objet d'une procédure de licenciement spécifique en raison de son statut. Des sanctions qui font réagir…

Plus d'un mois après le comité central d'entreprise houleux de début octobre, au cours duquel deux dirigeants d'Air France avaient été violemment pris à partie et s'étaient fait arracher leurs chemises, les premières sanctions sont tombées ce jeudi. Quatre salariés de la compagnie aérienne font face à une procédure de licenciement pour "faute lourde" et un cinquième salarié, élu du personnel, fait lui l'objet d'une procédure de licenciement, mais qui s'avère plus complexe du fait de la protection que lui octroie son statut. Par ailleurs, dans le volet judiciaire, ces cinq salariés seront également jugés le 2 décembre pour "violences en réunion".

"Il n'y a pas de dialogue social"

"Ils sont abattus, assure Eric Piotrowski, ami et collègue des salariés licenciés. Pour eux, ils sont traités injustement. Pour eux, c'est une chasse aux sorcières. Pour eux, ils n'ont rien à se reprocher. Je pense qu'on n'a pas pris les bonnes personnes. Ils se demandent ce qu'ils font là." Et d'ajouter, très remonté: "Je suis écœuré par le comportement de la direction. Il n'y a pas de dialogue social, il n'y a rien du tout".

"Les salariés sont scandalisés, outrés. Ils pensaient que le dialogue social allait se rouvrir. Au lieu de cela on constate que plutôt que de nous tendre la main, on nous tend une matraque, ne décolère pas Florent Gohier, secrétaire FO section Fret. Alors même que toutes les preuves ne sont pas amenées et qu'un jugement doit être rendu le 2 décembre, la direction a décidé, d'ores et déjà, de licencier du personnel". S'il se dit "très surpris par ce genre de comportement", il assure toutefois que "la porte reste toujours ouverte pour le dialogue social". "Mais on nous la claque sur les doigts", regrette-t-il.

"Au lieu d'apaiser, cela a l'effet inverse"

Ces licenciement sont qualifiés de "violents" par Julie Morel, élue CGT d'Air France: "Depuis le début, on le sait, les dés sont jetés. La direction d'Air France, avec le gouvernement a voulu faire de cette affaire un exemple pour casser la lutte des salariés. Cette décision est clairement faite pour intimider les salariés. La direction démontre encore une fois son autisme par rapport au soi-disant dialogue social. Car au lieu d'apaiser, cela a l'effet inverse".

"Direction et gouvernement veulent faire un exemple, estime aussi Jean-Pierre Mercier, délégué CGT chez PSA à Poissy, ancien leader de la fronde du site d'Aulnay et tête de liste Lutte ouvrière aux régionales en Seine-Saint-Denis. Ils font passer le message suivant à l'ensemble du monde du travail: 'Si vous vous révoltez, voilà ce que moi, gouvernement de gauche, je vous promets'. C'est-à-dire des licenciements et la correctionnelle. C'est donc un gouvernement qui est fondamentalement contre le monde du travail et il faut le traiter comme tel".

Maxime Ricard avec Antoine Perrin