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Trêve hivernale: "Si la police arrive, je suis prête à rendre les clés", Rachida n'a pas payé son loyer depuis cinq ans

Décalée de deux mois, la trêve hivernale s'achève ce 1er juin. 30.000 ménages pourraient être concernées alors que la ministre du Logement assure que des solutions de relogements seront proposées.

C'est la fin ce 1er juin de la trêve hivernale dans l'habitat locatif. En temps normal, elle a lieu le 31 mars mais la trêve a été prolongée de 2 mois cette année en raison de la crise sanitaire. Rachida, dont l'appartement paraît inhabité, est menacée d'expulsion. Quelques meubles, de la vaisselle, mais aucun effet personnel en vue. Tout ce qui lui est cher est dans un placard, bien rangé dans 3 valises: "J'ai mes vêtements, mes papiers si la police arrive, je suis prête à rendre les clés", raconte-t-elle à RMC. 

Son propriétaire veut récupérer cet appartement car Rachida ne paie plus le loyer depuis 5 ans, elle n'en a pas les moyens. Pour elle commence de longs mois d'angoisse: "Je n'arrive même pas à dormir sans médicaments. Normalement la préfecture doit me trouver un logement mais il n'y a pas de propositions".

"Les expulsions seront priorisées avec une solution de relogement ou d'hébergement pour les personnes concernées", assure pourtant la ministre du logement Emmanuelle Wargon qui tente de rassurer les 30.000 ménages qui se retrouvent ce matin expulsables.

"Il ne peut pas y avoir d'année blanche en terme d'expulsions"

Une promesse en l'air, estime Jean-Baptiste Eyraux, président de l'association Droit au Logement, qui s'appuie sur les chiffres de 2020: "Le relogement faisait partie des consignes l'année dernière mais il y a eu 3500 expulsions de ménages, il n'y en a pas 3500 qui ont été relogés".

Les préfets eux ont reçu pour instruction de faire du cas par cas, de privilégier dans un premier temps les expulsions de logements détenus par les bailleurs les plus en difficultés. Les petits propriétaires individuels notamment qui ont besoin de leur loyer pour assurer leurs revenus. 

"Il ne peut pas y avoir d'année blanche en terme d'expulsions", prévient de son côté Emmanuelle Wargon. 10 millions d'euros supplémentaires seront débloqués en juillet pour venir en aide aux propriétaires dont les locataires n'ont pas encore été expulsés. Dans le même temps, les 43.000 places d'hébergement temporaires mise à disposition des sans-abris depuis mars 2020 vont rester disponibles.

Benoît Ballet et Pierrick Bonno (avec Guillaume Dussourt)