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Violences en banlieue: "on n'a pas tenté grand-chose pour arranger la situation"

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Plusieurs manifestations ont eu lieu depuis plus d'une semaine dans la banlieue parisienne après le viol présumé d'un policier sur le jeune Théo. Des incidents qui ont dégénéré ce week-end à Bobigny et à Argenteuil. Mais pour le sociologue Didier Lapeyronnie, ces manifestations ont une tournure plus politique que celles de 2005.

Didier Lapeyronnie est sociologue et professeur de sociologie à l'université de Paris-La Sorbonne, il est notamment l'auteur de Refaire la cité. L'avenir des banlieues (Ed. Seuil):

"Ce que l'on voit aujourd'hui est évidemment un processus que l'on retrouve dans les émeutes de 2005: ça dure depuis 40 ans, c'est toujours la même chose, une bavure policière, des manifestations et des émeutes éventuelles.

Ce qui est différent, c'est qu'on a des manifestations populaires plus ou moins spontanées, organisées, qui ont une expression directement politique. C'est donc un peu différent de 2005 et de la logique émeutière habituelle.

En 2005, la répression policière, les incidents autour de la mosquée de Montfermeil et probablement les déclarations du ministre de l'Intérieur ont engendré une extension de l'émeute, on n'avait jamais vu ça. Ici, ce qui est intéressant c'est qu'on a le même processus, mais au lieu de s'étendre sous la forme émeutière, il prend une forme plus politique et plus ouverte. On n'assiste pas à une émeute mais un processus de casse exactement comme d'autres manifs étudiantes ou autre. Pour une fois, il y a une forme d'expression politique de la protestation qui est plus conventionnelle. Et pour une fois aussi, on a affaire à des gens qui ne sont pas de la banlieue qui vont aussi manifester.

"Le problème ne vient pas des individus"

Il y a quand même une prise de conscience institutionnelle qui n'existe pas depuis longtemps. Mais il y a des facteurs politiques qui bloquent toute évolution: il y a le problème de la gestion de la police, les problèmes idéologiques et en période électorale, je vois mal quelqu'un s'engager sur ce terrain.

Seul Jean-Luc Mélenchon a évoqué les banlieues en disant qu'il fallait 'purger les éléments malsains' de la police mais cela montre qu'il n'a aucune compréhension du problème. Le problème ne vient pas des individus, il est structurel, il est dans les modes d'organisation et d'action de la police sur fond de questions sociales des banlieues. Il faut changer tout cela, mais ce n'est pas en changeant les individus qu'on changera la situation.

"Dans les cités, les gens ont l'impression que la police n'est pas là pour les protéger"

Et il n'y a pas de raison d'être optimiste. Quand on prend l'historique de cette problématique, c'est un problème massif. On y prête attention de temps en temps, mais on n'a pas tenté grand-chose pour arranger la situation. Quand on reprend des entretiens faits au moment des émeutes de 1990 sur les rapports en les jeunes de banlieue et la police, on s'aperçoit que rien n'a changé.

C'est vrai que la suppression de la police de proximité a probablement renforcé une erreur politique majeure. Elle n'a jamais vraiment été totalement développée mais c'était l'idée fondamentale d'avoir une plus grande compréhension entre la police et la population, c’est-à-dire que la police n'est pas une police du maintien de l'ordre mais une police de sécurité. Le fait d'avoir une police qui intervient systématiquement de l'extérieur mécontente tout le monde. Dans les cités, les gens ont l'impression que la police n'est pas là pour les protéger".

Propos recueillis par Paulina Benavente