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Soupçons d'empoisonnements par un médecin-anesthésiste de Besançon: "Du jamais vu dans l'histoire judiciaire française"

L'avocat des parties civiles, Frédéric Berna, craint aujourd'hui la découverte d'autres victimes de ce docteur.

Il était déjà mis en examen pour sept cas d'empoisonnement de patients : mardi, le docteur Frédéric Péchier a été placé en garde à vue, interrogé désormais sur une cinquantaine d'incidents médicaux suspects qui pourraient donner une toute autre dimension à cette affaire.

D'après son avocat, le médecin-anesthésiste réfute une nouvelle fois ces accusations et se dit innocent depuis son placement en garde à vue, mardi, quant à ces 50 nouveaux cas qu'étudient les enquêteurs.

Privilégiant la thèse du "pompier pyromane", les enquêteurs le soupçonnent d'avoir sciemment modifié les poches d'injection de confrères afin d'orchestrer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

Les victimes potentielles et leur famille se sont regroupés en association. Elles réclamaient de longue date que tous les cas suspects soient étudiés.

Sur RMC, l’avocat des parties civiles, Frédéric Berna, explique:

"L'information de ce placement en garde à vue confirme que nous sommes face potentiellement à un criminel en série. S'il s'avère que tous ces faits sont imputables, alors potentiellement, autant d’empoissonnements sur le dos d’une seule personne, si c’est confirmé, ce serait du jamais vu en France"

Une cinquantaine de signalements d'"événements indésirables graves"

En mars 2017, mis en examen pour les sept premiers empoisonnements, ce praticien réputé avait été laissé en liberté en dépit des lourdes charges qui pesaient sur lui. Clamant son innocence, il avait toutefois été placé sous contrôle judiciaire, frappé d'une interdiction d'exercice.

Mais à la même époque, le parquet de Besançon avait ouvert discrètement une enquête préliminaire visant d'autres faits: une cinquantaine de signalements d'"événements indésirables graves" (EIG) survenus dans les cliniques où l'anesthésiste exerçait. Selon la Haute autorité de santé, les EIG sont des événements "inattendu au regard de l'état de santé et de la pathologie du patient dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou encore la survenue probable d'un déficit fonctionnel". Les professionnels de santé ont l'obligation de les signaler aux autorités.

Deux patients morts lors de réanimation

Les corps de quatre patients, deux hommes et deux femmes, décédés dans des circonstances troublantes lors d'interventions chirurgicales conduites dans l'une des cliniques où exerçait le docteur Péchier ont ainsi été exhumés en décembre 2018 à des fins d'analyses. Tous les dossiers suspects ont par ailleurs été soumis à l'expertise de médecins-anesthésistes.

Dans la première "affaire Péchier", les sept cas d'empoisonnement identifiés étaient ceux de patients âgés de 37 à 53 ans qui avaient subi, entre 2008 et 2017, des interventions chirurgicales ne présentant pas de difficultés particulières. Ceux-ci avaient pourtant fait des arrêts cardiaques, deux d'entre eux étant décédés et les cinq autres ayant pu être ranimés.

Le docteur Péchier qui n'était pas en charge de ces patients avait été appelé pour ranimer certains. L'enquête a établi que ces patients avaient reçu des doses potentiellement létales de potassium et d'anesthésiques administrées volontairement.