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Suicide d'une infirmière au Havre, son mari et ses collègues mettent en cause les conditions de travail

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- - FREDERICK FLORIN / AFP

Emmanuelle, infirmière de l'hôpital Monod du Havre, s'est suicidée le vendredi 24 juin. Alors qu'un rassemblement, indépendant de toutes initiatives syndicales, est organisé ce jeudi dans le hall de l’établissement en sa mémoire, sur RMC, son mari et ses collègues témoignent.

Plus jamais ça ! C’est le slogan qui sera entonné ce jeudi par des membres du personnel de l’hôpital Jacques Monod du Havre. Un rassemblement, indépendant de toutes initiatives syndicales, est organisé dans le hall de l’établissement à la mémoire d’Emmanuelle, une infirmière du service de maternité, qui s’est suicidée vendredi 24 juin.

La mère de deux enfants (9 et 16 ans) a laissé une lettre dans laquelle elle fait part de son mal-être au travail. Elle y dénonce la pression exercée depuis plusieurs mois par sa hiérarchie, afin de l'obliger à quitter le service néo-natalité pour le service de réanimation pédiatrique, dans le cadre d'une politique de polyvalence et de suppression de postes mise en place en janvier 2016. Son mari, submergé par la tristesse, met en cause les conditions de travail de son épouse.

"Elle partait avec la boule au ventre"

Un père de famille dévasté par la colère et la tristesse. Pour lui, l’hôpital a tué son épouse. Une infirmière du service maternité obligé, dit-il, d’assurer des postes qu’elle ne voulait pas faire en raison cause du manque d’effectifs. "Elle partait toujours avec la boule au ventre, avec cette pression, tout le temps, assure-t-il sur RMC. Toutes les filles, toutes les surveillantes, tout le monde savait, même les docteurs de services, qu'Emmanuelle ne voulait pas être en contact avec la réanimation, avec les soins intensifs."

"Pourtant, on lui a demandé de le faire. C'est à ce moment-là, je pense qu'elle s'est vue perdue, qu'elle s'est dit qu'elle n'y arriverait pas. Ça a été fatal pour elle", déplore-t-il encore. En traversant les couloirs de la maternité, on se rend compte à quel point Emmanuelle était estimée par ses collègues. "Elle avait la joie de vivre, était tout le temps rayonnante, souriante, témoigne l'une d'elles. C'est quelqu'un qui prenait tout le temps soin des autres".

"Un niveau de stress très, très élevé"

"On est sous le choc. On n'arrive pas à réaliser, même après une semaine… C'est très lourd", assure une autre. Une infirmière affirme que la réorganisation du service a été très mal vécue. Selon elle, l’hôpital impose aux soignantes de multiplier les postes: "Ça a été compliqué parce qu'on ne nous a pas demandé notre choix. Si cela ne nous convenait pas, on n'avait pas d'autre choix que de prendre la porte. Cela a créé un mal-être chez beaucoup de membres de l'équipe".

Pour Françoise Gosset, du syndicat SUD-santé de l’hôpital, l’infirmière est victime de la dégradation des conditions de travail: "Quand on supprime des effectifs cela veut dire que la charge de travail doit être répartie et, à l'évidence, il l'est sur moins de soignants. Il y a donc un niveau de stress très, très élevé. Or, aujourd'hui, on banalise tout ça". Le mari d’Emmanuelle demande désormais que le décès de sa femme soit reconnu comme un accident du travail.

Maxime Ricard avec Antoine Perrin