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Surconsommation d'antibiotiques: "Au moindre bobo, tout le monde en prend"

Près de 160.000 patients développent chaque année en France des infections dues à des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et près de 13.000 en meurent, selon le ministère de la Santé.

On consomme toujours trop d'antibiotiques et ça nous tue. C'est le constat d'un rapport remis mercredi par l'Institut de Veille Sanitaire à la Ministre de la Santé. Conclusion alarmante de cette surconsommation: près de 160.000 patients développent chaque année en France des infections dues à des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et près de 13.000 en meurent. Face à l'ampleur de ces chiffres, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, entend donner un "nouvel élan" à la lutte contre l'antibiorésistance, qui devrait être érigée grande cause nationale pour 2016.

"Avoir le permis de prescrire"

Alors que la France consomme 30% d'antibiotiques de plus que la moyenne européenne, c'est en fait notre rapport aux antibiotiques qu'il faudrait revoir estime Claude Rambaud, responsable de l'association de patients Le Lien. "Au moindre bobo, tout le monde en prend. Il y a aussi cette idée que dès que l'on a de la fièvre on prend des antibiotiques", regrette-t-elle. Et d'accuser les médecins de prescrire des antibiotiques à l'aveugle.

"Certains médecins vont par exemple donner des antibiotiques pour des grippes virales. Ils trouveront toujours des bonnes raisons en disant 'Vous savez, si vous avez une surinfection bactérienne… On ne sait jamais'. Moi je dis: 'Attendons de voir'". L'une des solutions selon elle: obliger les praticiens à se former avant de délivrer des antibiotiques. "Il est indispensable que les médecins aient une formation complémentaire, une actualisation de leurs connaissances pour avoir le permis de prescrire des antibiotiques".

"Le médecin est soumis à une pression très forte"

Pour les médecins en revanche, il ne s'agit pas d'un problème de formation mais de souhait du patient, comme l'indique Jacques Battistoni, secrétaire général du syndicat des médecins généralistes MG France: "Si le patient est lui-même persuadé que sans antibiotiques il ne va pas guérir, le médecin est donc soumis à une pression très forte. Et par facilité, parfois, il va avoir tendance à prescrire des antibiotiques".

C'est pourquoi, le syndicat des médecins généralistes réclame une nouvelle campagne de sensibilisation de la part des pouvoirs publics pour dire une fois de plus que "les antibiotiques, c'est pas automatique".

Maxime Ricard avec Anaïs Bouitcha