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Surirradiés d'Épinal: un procès hors-norme sur le fond et sur la forme

Près de 70 parties civiles, des victimes et leurs familles étaient attendues pour le premier jour de procès mercredi.

Près de 70 parties civiles, des victimes et leurs familles étaient attendues pour le premier jour de procès mercredi. - Thomas Samson - AFP

REPORTAGE RMC - Le procès en appel des surirradiés d'Épinal s’est ouvert mercredi devant la Cour d’Appel de Paris. Les audiences seront retransmises en direct dans une salle du TGI d’Epinal. Les victimes qui n’auront pas pu faire le déplacement pourront intervenir en direct dans le procès par visioconférence. RMC s’est rendue à Epinal pour cette première journée des débats.

Le procès en appel des surirradiés d'Épinal s’est ouvert mercredi après-midi pour une durée de deux mois. En première instance, en 2013, les deux anciens médecins et le radio-physiciens de l’hôpital d’Epinal avaient été condamnés à 18 mois de prison ferme pour homicide et blessures involontaires.

Il s’agit du plus grave accident de radiothérapie en France. Entre 2001 et 2006, des patients traités par rayons pour un cancer de la prostate ont été soumis à des doses surélevées de radiations, entre 8 et 20%. Bilan: douze morts et 448 victimes qui souffrent d’incontinence urinaire, de graves problèmes intestinaux et de maux de ventre permanents.

Une première en France

Les audiences se déroulent à la Cour d’Appel de Paris, mais sont retransmises en direct et en intégralité dans une salle du Tribunal de Grande Instance d’Epinal, comme en première instance. Mais, cette fois-ci, les victimes à Epinal pourront intervenir en direct dans le procès par visioconférence. Et ça, c’est une première en France.

"C’est pour nous important, parce que cela nous évite le déplacement et on peut bénéficier quand même de toutes les audiences, déclare au micro de RMC Françoise Voirin, dont le mari, Michel, est mort en 2006 des suites de la sur-irradiation. C’est quand même beaucoup. Parce qu’à un moment donné, je me quand-même demandé si j’allais avoir le courage d’y retourner. Et finalement, cela me permet d’être quand même à Epinal. Je suis là par ce que j’y tiens, dans le souvenir de mon mari. J’aimerais bien que les radiothérapeutes reconnaissent la vérité."

"Je suis handicapé. Ici, en un quart d'heure, je suis chez moi"

Mercredi, premier jour d’audience, au Tribunal d’Epinal, les victimes qui n’ont pas pu se déplacer jusqu’à la Cour d’Appel de Paris, se massent devant l’installation assez rudimentaire: un écran de deux mètres par trois pour l’image, deux enceintes pour le son et une cinquantaine de chaises. "L’écran est trouble, témoigne Françoise Voirin. Là, les docteurs sont peut-être là, je n’arrive pas à voir".

Mais pour les victimes, c’est mieux que rien. André a été surirradié en 2006. Il est aujourd’hui incontinent urinaire et souffre de graves troubles intestinaux, il n’aurait jamais pu se rendre à Paris.

"Je suis quand même handicapé. C’est compliqué, car on peut toujours avoir un incident. Pour moi ici, si j’ai un problème, j’ai ma voiture et en un quart d’heure, je suis chez moi."

Procès interactif, une tendance qui devrait se développer

Depuis Epinal, les victimes pourront donc assister à toutes les audiences mais aussi intervenir pendant le procès. "Avec un dispositif de caméras et de micros, le président pourra entendre une partie civile, qui sera ici présente dans le tribunal d’Epinal", explique Etienne Manteaux, le procureur de la République d’Epinal, au micro de RMC.

Un procès interactif dans deux villes distinctes: une première en France, qui a vocation à se développer dans ce type d’affaire hors-normes.

C. P. avec Amélie Rosique