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Comment le sport professionnel se "technologise" à outrance

C'EST DEJA DEMAIN - Le tournoi des VI nations commence ce weekend. Le rugby est un sport où la technologie joue un rôle de plus en plus crucial pour améliorer les performances de l’équipe, et c’est notamment vrai pour le XV de France…

Le rugby a été un sport pionnier dans l’exploitation du "big data", pour exploiter une masse d’informations numériques pour optimiser les perfs de l’équipe. Et c’est encore plus vrai en équipe de France. Fabien Galthié, le sélectionneur, la data c’est son dada. Il a d’ailleurs été vice-président de Cap Gemini consulting, grande entreprise française du numérique.

Parmi les armes à sa disposition : des balises GPS fixées dans le maillot, entre les omoplates vont, pendant que le joueur est sur le terrain, analyser la vitesse, le positionnement, la distance parcourue, les accélérations, le rythme cardiaque. Toutes ces données sont décortiquées, recoupées pour connaître précisément l’état de forme des joueurs, voir à quel moment ils sont dans le rouge et surtout ne pas les pousser au-delà d’une certaine limite.

On va aussi utiliser, à l’entraînement, des caméras centrées sur chacun des joueurs, qui vont enregistrer les mouvements, les postures. A l’entraînement, certaines équipes, comme l’ASM Clermont Auvergne, utilisent même des drones qui filment les séances en haute définition, avant de décortiquer chaque séquence de jeu avec les joueurs. Une vraie production Netflix ! Et même de la réalité virtuelle pour recréer certaines situations , des schémas d’entraînement, sans risque de blessure. Une fois qu’on a toutes ces données, il faut évidemment les analyser. C’est le travail des "data-scientists", éléments clé de l’équipe même s’ils sont dans l’ombre, un peu comme les médecins.

Un autre gros enjeu c’est d’éviter les commotions cérébrales. Là aussi la technologie change la donne

A cause des chocs à répétition, qui peuvent potentiellement avoir des répercussions graves au niveau du cerveau à long terme -on sait que beaucoup de joueurs en retraite ont ce genre de problèmes. Certaines équipes commencent à tester un outil qui prend la forme soit d’un petit pansement bardé d’électronique qu’on se colle derrière l’oreille avant le match ou encore un bandeau sur lequel travaille Samsung, et qui va analyser tous les chocs au niveau de la tête. Le nombre d’impacts, leur angle, leur puissance évidemment…

Là encore toutes ces informations sont envoyées vers l’arbitre, qui peut décider d’arrêter le jeu en cas de choc, et évidemment vers le coach et le staff médical qui va pouvoir analyser les données et prendre la décision de faire sortir le joueur ou non. Ces données médicales personnelles, la Cnil y veille scrupuleusement.

Certains estiment même que le rugby souffre d’une overdose technologique et qu’il risque de perdre son âme

Trop de technologie tue le sport. Le problème, c’est qu’à force de tout "technologiser", de vouloir tout mettre en graphiques et en chiffres, de tout quantifier, le sport serait en train de se transformer. On le rend mécanique, on supprime une partie de l’instinct et de l’émotion.

Une étude britannique qui se base sur des témoignages, montre par exemple que certains joueurs n’osent plus prendre de risques sur le terrain de peur de faire baisser leurs statistiques individuelles en se faisant saquer par le logiciel. Le rugby serait même en train de se transformer en sport individuel ! Beaucoup de joueurs pensent d’abord à améliorer leurs statistiques, de manière obsessionnelle, plutôt que de penser en termes de collectif.

Certains se plaignent aussi d’une culture du big brother : on mesure à chaque instant leurs performances physiques, leur rythme cardiaque, leur sommeil, leur poids. Une pression énorme mise sur les joueurs, ça ne s’arrête pas au rugby. On peut faire le même constat pour le foot et plein d’autres sports. Si on regarde du côté des Etats-Unis, le sport professionnel est devenu une science.

Anthony Morel (avec J.A)