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Détox numérique en vacances: le smartphone est "une sorte de Prozac interactif"

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Et si cet été vous partiez en vacances sans votre smartphone, histoire de vraiment déconnecter? Selon une étude pour Les Echos, 76% des Français passent au moins deux heures par jour sur Internet au cours de leurs congés. Un lien permanent avec le monde numérique, "nocif à long terme", explique Michaël Stora, psychanalyste et spécialiste de la cyberdépendance.

Michaël Stora, psychanalyste et spécialiste de la cyberdépendance, revient sur notre dépendance aux smartphones. Pour cet auteur de l'ouvrage Les écrans, ça rend accro..., cette incapacité à déconnecter relève un malaise plus profond. 

"La déconnexion consiste à pouvoir se reconnecter avec soi-même et donc à éviter de rester coller en permanence à son écran. Cet écran qui prolonge notre année professionnelle ou scolaire est nocif à terme. Il coupe nos liens avec les autres. On se rend compte que la plupart des adultes se retrouve dans l’hyperconnexion toute l’année (mails, messages internes). Les vacances doivent être le temps de la lenteur, de l’écoute.

De plus, cette hyperconnexion peut mettre en avant d’autres difficultés. Une difficulté à s’accepter, à profiter du temps avec sa famille et ses proches. Il est évident que le fait de rester connecté avec son téléphone peut révéler une dépendance aux autres. Les gens passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. Il y un enjeu existentiel à continuer à poster des photos, pour continuer à exister car si la chose n’est pas photographiée, elle n’existe pas.

Les écrans: "un mur entre deux proches"

D’autres sont accros à leur travail, on parle de Workalcoolique. L’hyperconnexion numérique est devenue une véritable drogue. Même en vacances, ils vont continuer à être en lien avec leur bureau. Là aussi, c’est un sentiment d’exister. Le travail est vu comme un but, un tout. Le numérique permet un lien permanent. Ce qui est assez destructeur. 

Aussi, se déconnecter est vraiment important. Pas besoin de partir dans des séjours de detox, il est juste nécessaire de se garder des moments à soi, sans écran. Aussi, pour aider ces personnes qui n’arrivent pas à déconnecter, peut-être faut-il s’adresser aux proches. Leur rappeler que les écrans peuvent être aussi être un mur entre deux personnes. Il est nécessaire de prendre du temps à soi, avec ses proches. De s’écouter. Sans ça, notre lien avec les autres n’existe plus.

Derrière cette addiction, se cache un malaise plus profond. Le smartphone me permet de me sentir moins seul. De rester proche des likes et donc de l'amour virtuel des autres. En somme, c'est une sorte de Prozac interactif." 

Propos recueillis par Elodie Hervé