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Présidentielle 2017: "Aucun candidat ne porte une vision politique du numérique"

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François Fillon se rend ce jeudi et vendredi au CES de Las Vegas. L'occasion pour le candidat LR de montrer qu'il est très branché nouvelles technologies. Pourtant cette élection présidentielle ne sera pas numérique, déplore Camille Vaziaga du think tank Renaissance numérique.

Camille Vaziaga est secrétaire générale de Renaissance numérique.

"Aucun candidat, pour l'instant, ne porte une vision politique du numérique. Quel numérique on veut? Comment? Pour quels usages? Aucun ne répond à ça. Tous se contentent de reprendre les banalités sur le très haut débit sur le dossier médical personnel, mais aucun ne va vraiment au fond des choses.

Après, on voit beaucoup de propositions qui sont des propositions maquillage. Par exemple, beaucoup vont parler d'open-data alors que la loi numérique a été votée récemment pour obliger les collectivités territoriales et les administrations publiques à passer à l'open-data. La question n'est donc plus de faire de l'open-data, mais de savoir comment on le fait.

Donc dire qu'il faut de l'open-data, c'est avoir un discours très pauvre, annoncer quelque chose qui est déjà acté, donc c'est un peu utiliser un mot tendance qui permettra de faire numérique, mais derrière, il n'y a pas de réflexion, pas de portée.

On se rend bien compte qu'ils saupoudrent du numérique un peu partout, mais que c'est plus du digital washing, que les mesures n'ont pas vraiment de portée, qu'elles sont souvent des effets d'annonce, des velléités, des vœux pieux alors que ce sont des choses qui ont été exprimés depuis bien longtemps.

"Une déconnexion des élites"

On annonce des propositions qui sont déjà actées soit dans les lois ou règlementations européennes qui ne sont pas encore entrées en vigueur et qui du coup ne font preuve d'aucune vision puisque les candidats se contentent de répéter ce qu'il ont lu et de ce qui va forcément arriver.

Le retard français sur les sujets numériques est souvent accusé. Je pense qu'en France particulièrement, il y a cette déconnexion des élites. Quand Sarkozy ne connaissait pas le Bon Coin, ou le discours d'Alain Juppé sur les réseaux sociaux, ça démontre une total déconnexion de comment communiquent les gens aujourd'hui. Dire que les réseaux sociaux sont la "poubelle de l'humanité" quand 90% des Français sont dessus, c'est un peu compliqué. C'est vrai qu'il y a une certaine suspicion sur un marché qui est nouveau, qui demande d'être étudié et compris, qui pose de nouvelles règles économiques mais qui reste accaparé majoritairement par des acteurs américains. Ça suscite des jalousies et donc ça alimente des suspicions.

Le numérique c'est important parce que ça fait jeune. Mais quand il s'agit de bosser le programme pour expliquer des actions concrètes, là il n'y a aucune vision qui se dégage".

Propos recueillis par Paulina Benavente