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Un homme condamné à 65 ans de prison après avoir été trahi par un bracelet connecté

Dans "Estelle Midi" ce mardi sur RMC et RMC Story, Anthony Morel explique le rôle croissant et précieux des objets connectés dans le cadre des enquêtes judiciaires.

De plus en plus souvent, les objets connectés servent à résoudre des enquêtes policières. Dernier exemple aux Etats-Unis, où un homme a été condamné à 65 ans de prison pour le meurtre de sa femme. Il a été trahi… par un bracelet connecté. Un "fitbit", ces petits bracelets qui mesurent l’activité physique, les calories, le rythme cardiaque… Ce sont aussi de redoutables mouchards, qui peuvent servir à résoudre des affaires de crime et qui, de plus en plus, servent de pièce à conviction à la justice.

Résumé de l’affaire qui s’est déroulée en 2015 et qui vient d’aboutir à un jugement. Dans l’Etat du Connecticut, Connie Debate est abattue chez elle par un individu armé d’un pistolet. Son mari est témoin de la scène: il raconte à la police que sur les coups de 9h du matin, il a vu un cambrioleur masqué dans sa maison, qui l’a attaché à une chaise, avant de tirer un coup mortel sur son épouse. Le problème, c’est que cette version ne colle pas du tout avec les données enregistrées par le bracelet connecté de la victime, qui mesurent les pas, le nombre de calories… Ces données prouvent que la victime était encore en mouvement dans la maison aux alentours de 10 heures, une heure après l’heure supposée du crime. Le bracelet permet aussi de donner l’heure exacte du crime, 10h05, l’heure à laquelle le cœur s’arrête de battre. C’est ce petit appareil électronique qui va mettre la puce à l’oreille de la police, lui montrer que quelque chose cloche, et mener à la condamnation du mari.

Ce genre de cas est de plus en plus courant. Les objets connectés sont désormais des pièces à conviction comme les autres. Une révolution pour la police scientifique, comparable à l'exploitation des traces ADN. Car ces appareils sont bourrés de capteurs et génèrent des données horodatées. Ça va du bracelet connecté aux petits traqueurs airtag, qui ont aidé à faire condamner un voleur de valises. Et il y a aussi les enceintes connectées : Alexa, dis-moi qui est le meurtrier ?

L’enceinte connectée, un mini espion numérique

En Allemagne, un homme a été condamné pour le meurtre de son ex-petite amie grâce à l’enceinte connectée qui se trouvait dans la chambre de la victime. La justice a demandé à Amazon si par hasard, l’appareil n’avait pas entendu quelque chose cette nuit-là. Il se trouve que sur deux fichiers enregistrés par l’enceinte, on entend nettement la voix du meurtrier. Normalement, ces enceintes ne se déclenchent que lorsqu’on prononce le mot magique "Alexa", "Ok Google" ou "Dis Siri" selon les modèles. Il se pourrait que la victime ait activé l’enceinte dans la soirée pour mettre de la musique ou allumer la lumière et qu’on entende la voix du coupable en fond sonore. Ou qu’il ait lui-même activé l’enceinte. Parfois aussi, l’enregistrement se déclenche par erreur. Une histoire qui rappelle que, quoi qu’on en pense, ces enceintes connectées, qui sont formidables pour tout un tas de chose, restent aussi de mini espions numériques nichés dans nos espaces de vie. Mais aussi une aide de plus en plus grande pour la justice et les forces de l’ordre.

Et attention, même les pacemakers peuvent nous trahir… C’est arrivé à un fraudeur à l’assurance aux Etats-Unis. Il avait mis le feu à sa maison pour toucher l’assurance. Il a appelé les pompiers pendant l’incendie et expliqué qu’il "dormait" quand le feu a commencé et qu’il a pu -miracle- jeter tous ses objets les plus précieux par la fenêtre avant qu’ils ne se consomment. Sauf qu’en analysant les données du pacemaker, les médecins sont formels: c’est absolument impossible, cette version ne colle absolument pas avec le rythme cardiaque enregistré par le pacemaker. Son rythme cardiaque montre par exemple qu’il ne dormait pas du tout au moment où l’incendie s’est déclaré. Là encore, c’est un indice parmi d’autres, qui ont aidé à prouver qu’il s’agissait d’un incendie volontaire et non d’un accident.

Anthony Morel