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Tiers-payant: excédés par la paperasse, des médecins ferment leurs cabinets ou se reconvertissent

Le Sénat examine à partir de ce lundi le projet de loi Santé, qui envisage la généralisation du tiers-payant dès 2017.

Le Sénat examine à partir de ce lundi le projet de loi Santé, qui envisage la généralisation du tiers-payant dès 2017. - Philippe Huguen - AFP

Le Sénat examine à partir de ce lundi le projet de loi Santé, qui envisage la généralisation du tiers-payant dès 2017. Après avoir manifesté contre ce projet qui leur ajoute des contraintes administratives, de plus en plus de médecins ferment leur cabinet ou se reconvertissent.

"Le tiers-payant m'a tué". Si aucun chiffre officiel n'existe, il semble que de plus en plus de médecins décident de fermer leur cabinet face aux contraintes administratives qui alourdissent considérablement leurs journées. En cause notamment, le tiers-payant, qui permet au patient de ne pas avancer les frais, mais oblige les médecins à faire la démarche de se faire rembourser auprès de l'Assurance maladie.

Le Sénat s'attaque justement ce lundi au projet de loi Santé de la ministre Marisol Touraine, que la majorité de droite va détricoter en supprimant notamment la généralisation du tiers payant prévue pour 2017, une ses mesures-phares.

"Mon métier ce n'est pas de courir après les tiers-payant"

Mais sans attendre 2017, beaucoup de médecins ont décidé de jeter l'éponge. C'est le cas de Benoît Artault, 58 ans, qui a travaillé 20 ans dans le libéral. En juin dernier, il a décidé de fermer son cabinet sans trouver de successeur. Pour lui, le métier a complètement changé. "La mission s'est compliquée progressivement avec des tâches administratives, de comptabilité, de gestion. Mais je suis désolé, mon cœur de métier ce n'est pas de courir après les tiers-payant, de vérifier que la carte vitale de mon patient est à jour. Ça prend un temps administratif considérable et ce n'est pas notre métier".

Le Dr Eugène a lui aussi préféré arrêter les frais: "On était deux dans mon cabinet et on n'avait pas de secrétaire. La partie administrative allait devenir de plus en plus lourde et compliquée à gérer. Ce n'était pas tout à fait la façon dont je concevais mon exercice de médecin généraliste".

"Je me suis dit 'ce n'est plus pour moi, j'arrête'"

"Les confrères ont envie de déplaquer, d'enlever leur plaque de médecin, confirme le Dr Caruel, du syndicat des médecins libéraux. Ils en ont marre de ces contraintes administratives. Cela va devenir le métier pour lequel ils n'ont pas signé". Il l'avoue, arrêter, il y a pensé lui aussi. "J'ai 61 ans et j'envisage de prendre ma retraite d'ici deux ans. Il vaut mieux s'arrêter avant que cela pèse sur la santé".

Sans aller jusqu'à arrêter la médecine, d'autres préfèrent se reconvertir. En avril dernier, le Dr Reybert, 58 ans, a lâché son cabinet pour devenir médecin du travail dans une entreprise. "Le coup du tiers payant généralisé, ça m'a achevé. Je me suis dit 'ce n'est plus pour moi, j'arrête'. Après le cabinet il fallait faire la comptabilité, le dépouillement des courriers", raconte-t-il. "Ça je n'ai plus du tout à le faire, maintenant j'ai une secrétaire et je ne gère plus aucun papier. Je retrouve ce que je faisais il y a 30 ans", s'enthousiasme-t-il.