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Trois milliards de dollars : le prix de la recette de l’immortalité

C’est le fantasme ultime des milliardaires de la Silicon Valley: Jeff Bezos, le patron d’Amazon, et quelques autres, ont investi trois milliards de dollars dans une mystérieuse entreprise dont l’objectif est de vaincre la mort.

Pour lui c’est presque de l’argent de poche : que représentent quelques milliards face à la promesse, même très hypothétique, d’une incroyable longévité ? C’est la dernière frontière de la tech. Et c’est le but d’Altos Labs, une mystérieuse biotech spécialisée dans la reprogrammation cellulaire, qui consiste à rajeunir les cellules en laboratoire en leur ajoutant certaines protéines pour les rebooter, les faire revenir à leur état d’origine. En d’autres termes, inverser le processus du vieillissement des cellules, a priori invincible. Une sorte de cure de jouvence, qui permettrait par exemple de guérir des maladies liées à l’âge comme la perte de vision ou la dégénération du cerveau.

On pourrait avoir l’image de deux savants fous dans leur garage qui jouent avec des éprouvettes, mais on en est très loin. L’équipe scientifique est notamment composée d’un médecin et chercheur japonais, lauréat du Prix Nobel en 2012. L’entreprise, qui a levé plus de 200 millions de dollars, sort le chéquier, propose des salaires mirobolants : jusqu’à 1 million de dollars par an pour les chercheurs. Un scientifique interviewé affirme qu’on lui a proposé 10 fois son salaire actuel pour le débaucher.

Inverser le vieillissement

On est dans ce qu’on appelle la "deep tech" : des innovations de rupture, révolutionnaires si elles fonctionnent mais qui ont toutes les chances d’échouer. En clair, on n’attend pas des résultats dans six mois. Le temps que ça se démocratise, il faudra des décennies.

Mais c’est loin d’être le seul projet. On peut citer une autre startup de la Silicon Valley, Unity Biotechnology, et qui travaille sur un médicament qui serait capable de retarder le vieillissement et toutes les maladies qui vont avec. Le postulat de départ c’est que le vieillissement c’est un phénomène biologique sur lequel on peut agir. Qu’on peut retarder et même dans une certaine mesure, inverser.

L’entreprise travaille sur une nouvelle génération de médicaments dits "sénolytiques" qui va détruire ce qu’on appelle les cellules sénescentes, ce sont des cellules en fin de vie, abîmées, qui ne fonctionnent plus correctement et qui sont liées à un certain nombre de dérèglements qui viennent avec la vieillesse : les muscles et les os qui s’abîment, apparition de maladies chroniques, de tumeurs, de maladies cardiovasculaires. Avec ces médicaments on pourrait retarder l’apparition de tout un tas de maladies et augmenter considérablement notre durée de vie, et surtout notre durée de vie en bonne santé.

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Sauvegarder notre cerveau : l’embaumement numérique

Certains pensent même qu’on pourrait sauvegarder notre cerveau sous forme numérique pour le rendre immortel. C’est l’ambition notamment de Nectome : proposer une sauvegarde numérique de votre cerveau pour 10 000 euros. Elle imagine que dans quelques décennies, on pourra avoir une copie numérique de son cerveau, comme on sauvegarde ses photos et ses vidéos dans le cloud. Une machine, sur laquelle seraient numérisés nos souvenirs, nos émotions. Tout ça évidemment, ce n’est pas pour tout de suite (certains disent même ça n’existera jamais).

Donc ce qu’ils ont mis au point, c’est ce qu’on pourrait appeler l’embaumement numérique : une substance chimique, qui a déjà été testée sur des animaux, et qui permet de garder le cerveau dans un état parfaitement intact pendant plusieurs siècles, chaque synapse est préservée, le temps qu’on parvienne à créer des machines. En espérant que dans quelques décennies leur cerveau survive sous forme numérique. Mais l’immortalité est-elle vraiment souhaitable ? Comme le dit Woody Allen, "l’éternité c’est long, surtout vers la fin."

Anthony Morel (avec MM)