RMC

Turquie: "La stratégie autoritaire d'Erdogan va s'amplifier"

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), invité ce lundi de Jean-Jacques Bourdin.

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), invité ce lundi de Jean-Jacques Bourdin. - RMC Découverte

Si la victoire du parti islamo-conservateur du président turc Recep Erdogan, dimanche, est légitime, elle n'en est pas moins inquiétante, explique Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), invité ce lundi de Jean-Jacques Bourdin.

Passée la surprise, vient l'inquiétude. Le parti du président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a remporté haut-la-main les législatives en Turqie, dimanche. Il a réussi, contre tous les pronostics, à regagner sa majorité perdue en juin, dans un pays plus que jamais divisé. Le Parti de la justice et du développement (AKP) a recueilli 49,4% des suffrages et raflé 316 des 550 sièges de députés. Les électeurs ont voté "en faveur de l'unité et de l'intégrité" de la Turquie, a déclaré dans la soirée, Recep Erdogan. Une victoire accueillie par des concerts de klaxons et par des chansons à la gloire d'Erdogan.

"Les Turcs ont compris qu'il fallait de la stabilité"

On croyait son pouvoir fissuré après notamment l'attentat qui a fait 102 morts le 10 octobre à Ankara, il n'en est finalement rien. Dans cette période troublée (la Turquie a ses frontières avec la Syrie et l'Irak), les Turques ont préféré la sécurité au renouvellement. C'est ce qu'explique Hassan, un militant rencontré à Istanbul par RMC. "Les Turcs ont compris qu'il fallait de la stabilité, c'est pour ça qu'ils ont donné la majorité absolue à Erdogan. Ils ont vu que lorsqu'il n'a pas les pleins pouvoirs, il y a du terrorisme. Avec lui on va redevenir aussi fort qu'à l'époque de l'empire ottoman".

"Sa victoire va tétaniser ses opposants"

Avec ce résultat Erdogan redevient seul maître à bord… mais que va-t-il faire de ce pouvoir ? Va-t-il poursuivre sa dérive autoritaire ? Oui, répond avec certitude Didier Billion directeur adjoint de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), invité ce lundi de Jean-Jacques Bourdin. "La stratégie autoritaire d'Erdogan va s'amplifier puisqu'il a la majorité absolue, son parti sera seul au gouvernement ce qui lui permettra de mettre en œuvre toutes les mesures qu'il a décidées. J'ai peur que les semaines et mois à venir soient compliqués, car M.Erdogan n'a plus de limite après sa victoire qui va tétaniser ses opposants".

Didier Billion s'inquiète notamment de la liberté de la presse. "Depuis deux ans il y a une mise au pas de la presse d'opposition, y compris par des moyens judiciaires et financiers", explique-t-il. Surtout, il craint que le président turc poursuive sa stratégie vis-à-vis de la Syrie, "une politique qui le piège en réalité puisque son obsession c'est de faire tomber le régime de Bachar El-Assad, une ligne sur laquelle ne sont plus les États-Unis et la Russie qui veulent, eux, initier un processus de négociations avec le président syrien).

"Il ne fallait pas geler les négociations d'adhésions de la Turquie à l'UE"

Le directeur adjoint de l’Iris en profite pour pointer du doigt "la responsabilité de l'Union européenne" dans la dérive autoritaire de Recep Erdogan, facilitée selon lui par le rejet de la Turquie par certains pays membres de l'UE. "Les Européens ont été incapables de mesurer l'importance géostratégique de la Turquie et ce qui est très grave, c'est le fait d'avoir gelé les négociations d'adhésion à l'UE avec ce pays. Cela a laissé libre cours aux tendances liberticides de M.Erdogan. Si le processus de négociation s'était poursuivi, nous aurions des moyens de pression sur lui. On peut souhaiter que dans les meilleurs délais un processus digne de ce nom soit relancé avec la Turquie".

P. Gril avec S. Collié et JJ. Bourdin