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Un lycéen de Seine-St-Denis: "Les jeunes ne croient plus en rien, et finissent par croire n'importe qui"

VOUS VOULEZ QUE ÇA BOUGE ? - Jusqu'au 6 décembre, date du premier tour des élections régionales, notre reporter Marie Régnier sillonne la France à la rencontre des électeurs. Ce mardi, elle s'est arrêtée dans un lycée du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, où l'on ne parle que des attentats du 13 novembre, à Paris.

Prendre le pouls. S'arrêter devant un lycée du Blanc-Mesnil et écouter ce qu'ont à nous dire ses élèves, sans angélisme ni rejet, ces étiquettes qu'on appose parfois (souvent) à ces jeunes estampillés "de banlieue". C'est l'heure de la sortie des cours, la discussion entamée avec deux élèves porte sur l'actualité, sur ce qui se passe en France… Et puis rapidement, on se retrouve à huit, à neuf, puis à dix, parce que tous ont des choses à dire, parce que tous veulent évoquer les attentats du 13 novembre.

"Ça donne des frissons, ils sont tout jeunes, ils ont encore leur vie devant eux et ils ont décidé de faire ça", se désole une adolescente à propos des kamikazes. Mais pour une autre, les terroristes qui ont basculé sont "des faibles d'esprit, tout simplement". Elle ne leur trouve aucune excuse, "parce qu'il y en a d'autres qui réussissent alors qu'on vit tous en banlieue. Il y en a qui réussissent très bien leur vie, alors que eux, ils se sont tous perdus".

"On vit tous en banlieue et il y en a qui réussissent"

"Je pense que la France a une responsabilité dans ce qui se passe", pense au contraire un jeune homme. "La condition sociale dans les banlieues prête plus à entrer dans l'islamisme radical qu'à sortir des banlieues", assène-t-il. S'il se sent oublié ? Bien sûr. Un exemple ? "Nous l'année dernière, il a fallu que l'on bloque le lycée pour avoir du chauffage, en décembre ! Je ne sais pas si on peut dire qu'on est oubliés mais cela faisait un an que l'on ne pouvait plus ouvrir les fenêtres du lycée. Je suis sûr que quand on va sur Paris, ils ne manquent pas de chauffage, et que leurs fenêtres sont parfaites".

Pas de quoi faire le jihad, mais de quoi alimenter ce sentiment d'être à la marge, de ne pas être considérés comme les autres. Lui pense d'ailleurs que les attentats, "ce n'est pas terminé, parce que comme les jeunes de banlieue qui ont quitté l'école ne croient en rien, ils finissent par croire en n'importe quoi".

"Comme tout le monde, je vais m'abstenir"

Ce qui vient de se passer leur donne-t-il pour autant envie de s'intéresser à la politique, d'aller dans l'isoloir crier leur isolement ? "On n'est écoutés ni par l'UMP, ni par le PS, ni par le FN. Alors pourquoi j'irais voter ?", poursuit le jeune homme, pourtant en âge de faire entendre sa voix dans les urnes. Son voisin, lui aussi majeur, ne votera pas. "A chaque fois, rien ne change. L'un fait quelque chose, l'autre critique, mais au prochain mandat, l'autre va faire la même chose. Je crois que je vais faire comme tout le monde, je vais m'abstenir".

Philippe Gril avec Marie Régnier