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Un sondage-choc relance le débat sur l'encadrement des enquêtes

La publication d'un sondage plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour en 2012 relance une proposition de loi visant à mieux encadrer les enquêtes d'opinion dans la perspective de l'élection présidentielle de l'an prochain. /Photo prise le 16 janvier 2

La publication d'un sondage plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour en 2012 relance une proposition de loi visant à mieux encadrer les enquêtes d'opinion dans la perspective de l'élection présidentielle de l'an prochain. /Photo prise le 16 janvier 2 - -

La publication d'un sondage plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour en 2012 relance une proposition de loi visant à mieux encadrer les enquêtes d'opinion dans la perspective de l'élection présidentielle de l'an prochain.

La présidente du Front national recueillerait 23% des voix, contre 21% pour le président sortant Nicolas Sarkozy, à égalité avec Martine Aubry, premier secrétaire du Parti socialiste, selon l'enquête de l'institut Louis Harris publiée dimanche par Le Parisien-Aujourd'hui en France.

Ces chiffres ont fait d'autant plus de bruit que de nombreux sondeurs concurrents et des hommes politiques ont émis des doutes sur la méthodologie de cette enquête.

Ils ont fait remarquer que le sondage avait été réalisé par internet et que l'enquête retenait deux hypothèses incertaines, la candidature au PS de Martine Aubry, qui semble avoir un potentiel de voix inférieur à celui de Dominique Strauss-Kahn, et la présence à droite de Dominique de Villepin.

Le député socialiste Jean-Louis Bianco a demandé lundi au président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, (UMP), d'inscrire à son ordre du jour une proposition de loi votée par le Sénat visant à moraliser les sondages.

Le Sénat a adopté à l'unanimité le 14 février, contre l'avis du gouvernement, une proposition de loi d'Hugues Portelli (UMP) et Jean-Pierre Sueur (PS) qui comporte une série de mesures pour rendre plus transparents les sondages politiques.

Mais le Premier ministre avait immédiatement fait savoir que le gouvernement n'avait pas l'intention d'inscrire ce texte à l'ordre du jour de l'Assemblée, jugeant plusieurs dispositions de cette proposition de loi contraires à la Constitution.

Le ministre chargé des relations avec le Parlement, Patrick Ollier, a réaffirmé la semaine dernière que cette inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée n'était "pas prioritaire".

"COUP MÉDIATIQUE"

Les auteurs de la proposition de loi s'étonnent de ce refus.

"Il n'y a pas d'atteinte à la liberté de la presse puisque nous n'interdisons aucune publication des sondages", avait répondu le sénateur Jean-Pierre Sueur. "Ce que nous voulons c'est la transparence maximale dans le financement, la réalisation et l'information des sondages."

Pour Jean-Louis Bianco, "ce sondage laisse perplexe".

"Aucune précision sur le choix de l'échantillon, sur la méthode de redressement ou encore sur la marge d'erreur possible. Et pourquoi avoir négligé de tester les autres candidats potentiels du Parti socialiste ?", a-t-il demandé.

"Il flotte comme un parfum de 'coup médiatique' dans ce sondage", ajoute le député socialiste qui estime que "nous vivons aujourd'hui en 'sondocratie' sans que la moindre garantie ne soit apportée par les sondeurs quant à la rigueur de leurs enquêtes".

Il demande donc à Bernard Accoyer d'inscrire le texte à l'ordre du jour de l'Assemblée "pour qu'il puisse être voté "d'ici les toutes prochaines semaines".

Le groupe socialiste de l'Assemblée, que préside Jean-Marc Ayrault, devrait reprendre cette proposition en l'inscrivant à l'ordre du jour d'une "niche", c'est-à-dire d'une séance publique réservée aux quatre groupes du Palais-Bourbon.

En attendant, les socialistes ont continué lundi d'accuser Nicolas Sarkozy, notamment par sa politique sur l'immigration, d'être à l'origine des bons scores réalisés dans les récents sondages par la présidente du Font national.

"La droite est directement responsable de la montée du FN pour avoir menti aux couches populaires et provoqué des débats nauséabonds autour de l'identité nationale et maintenant de l'islam et de la laïcité", affirme lundi, dans un communiqué, la députée PS Aurélie Filipetti.

Pierre Moscovici, un proche de Dominique Strauss-Kahn, qui s'est lui aussi interrogé sur la fiabilité de ce sondage, a estimé sur RTL que "Nicolas Sarkozy, en se situant uniquement sur le terrain identitaire, fait le jeu du Front national".

REUTERS