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Une appli pour développer l'ambulatoire: "Mieux pour le patient, moins cher pour la société"

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- - Frederick Florin - AFP

Le déficit de l'Assurance maladie va s'élever à 7,5 milliards d'euros l'an prochain, selon le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) présenté ce jeudi par le gouvernement. Parmi les pistes pour faire des économies: développer la chirurgie ambulatoire. A Toulouse, une clinique utilise une appli qui permet de limiter la présence des patients à l'hôpital.

C'est le mouton noir de la Sécurité sociale. Alors que la situation tend à s'améliorer pour la branche retraites (en léger excédent de 500 millions d'euros en 2016) et famille (le déficit se résorberait de plus de 1 milliard d'euros par rapport à 2014), le trou de l'assurance maladie continue, lui, d'inquiéter: 7,5 milliards en 2015 après 6,5 mds en 2014, selon le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) présenté ce jeudi par le gouvernement.

Faible croissance, inflation nulle et taux de chômage élevé ont entraîné une baisse des cotisations, incapables de compenser la hausse naturelle des dépenses, liée au vieillissement de la population comme à l'extension des maladies chroniques et du progrès technologique.

De plusieurs jours en clinique à… quelques heures

Pour maîtriser les dépenses, le gouvernement veut s'appuyer sur "quatre axes structurants", à savoir la "lutte contre les actes inutiles et redondants", le développement des génériques, l'efficience des dépenses hospitalières et le "virage ambulatoire".

Avec le développement de la chirurgie ambulatoire, les patients resteront moins longtemps dans l’établissement de soin, en étant suivi à domicile par des personnels de santé. Certains établissements hospitaliers ont déjà pris les devants. C'est le cas depuis deux ans de la clinique des Cèdres de Cornebarrieu, dans la banlieue de Toulouse. Dans cette clinique privée, la plus grande d'Europe, on favorise l’ambulatoire grâce à une application connectée sur le smartphone du patient.

"L'appli accompagne le patient de la première visite jusqu'à son guérison"

Avant la mise en place de cette appli, le patient pouvait passer près d’une semaine dans cette clinique pour certaines interventions. Désormais, il ne passe que quelques heures. Tout au long de la procédure médicale, le patient répond à des questions sur son portable grâce à l’application développée par la PME Sovinty. "D'abord des questions simples administratives qui vont permettre de préparer son hospitalisation. Et ensuite des questions plus médicales qui vont permettre de suivre son évolution : comme la température, la pression artérielle, les vomissements… L'application accompagne le patient de la première visite jusqu'à son guérison", explique Pierre-Jean Monrosier, qui a développé l'appli.

Le patient reste donc en contact 24h sur 24 avec la clinique, grâce à son telephone portable, connecté sur l’ordinateur d’une infirmière. 150 patients ont déjà testé ce système d’auto surveillance. C’est le cas de Patrice, opéré avec succès d'une hernie discale. "Il faudrait généraliser ce système-là. Ça permet au patient d'être chez lui, en famille, ce qui est beaucoup plus réconfortant que d'être tout seul dans une chambre d'hôpital".

"L'assurance maladie gagne de l'argent, la population gagne des séjours"

En moyenne, la clinique a réduit de plus de 40% les journées d’hospitalisations pour ce type de pathologie. Pour Marie-Paule Chariot, anesthésistes et président de la CME, la commission médicale d’établissement (l'instance représentative de la communauté médicale), c'est du gagnant-gagnant. "Bien sûr que c'est économique. L'assurance maladie gagne de l'argent, la population gagne des séjours, car le patient reste moins longtemps hospitalisé ici. Et puis il y a aussi moins d'infections, moins de complications car les gens se prennent en charge eux-mêmes. C'est mieux pour le patient et ça coûte moins cher pour la société".

Chaque année, la clinique des Cèdres de Cornebarrieu reçoit près de 40.000 patients, dont 17.000 sont traités en ambulatoire. Et la direction n’hésitera pas à tester dans les prochains mois d’autres applications pour faire de nouvelles économies.

Philippe Gril avec JW Forquès et AFP