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Une impression de grand foutoir

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Nicolas Sarkozy a dû intervenir une nouvelle fois, hier, pour empêcher les dissensions au sein de la majorité. François Fillon et Jean-François Copé sont officiellement réconciliés, mais je n'en crois pas un mot. Autour de Sarkozy, c’est le désordre établi.

Quand un chef passe son temps à lancer des rappels à l’ordre, c’est qu’il a un problème d’autorité. La situation est devenue assez ubuesque : voilà un chef d’Etat qu’on a accusé de caporalisme, qu’on a comparé à Bonaparte, qu’on a qualifié d’«omni-président » et qui n’arrive plus à se faire obéir par sa propre majorité. Le premier ministre, le porte-parole du gouvernement, le président du Sénat, même les députés… Tout le monde s’autorise à critiquer ses choix, à le contredire. C’est le principe même de l’autorité présidentielle qui est entamé. Et c’est ce qui donne cette impression de grand foutoir.

Qu’est-ce qui explique cette perte d’autorité ? Pas seulement la défaite des cantonales…
C’est évidemment plus profond. Il y a quelque chose de cassé dans le mécanisme sarkoziste, cette formidable machine à entraîner, à convaincre, à produire de l’énergie, qui a si bien fonctionné entre 2003 et 2007. En fait, Nicolas Sarkozy paie le prix d’une triple erreur commise depuis l’été dernier. Il s’est trompé sur les hommes, sur les idées et sur les électeurs.

Pourquoi dire qu’il s’est trompé sur les hommes ?
N’est pas Machiavel qui veut. Il a maintenu François Fillon à Matignon parce qu’il n’a pas voulu courir le risque d’en faire un martyr et encore moins un concurrent. Il a voulu le garder sous contrôle. Mais il a pensé qu’en confiant l’UMP à Copé, les deux hommes, forcément rivaux, allaient se neutraliser – c’est le principe : diviser pour mieux régner. Le résultat, c’est que pour diviser, c’est réussi, mais pour ce qui est du règne, ça sent plutôt… la fin de règne ! Et comme Alain Juppé a été appelé en renfort, lui aussi se sent libre de dire ce qu’il veut quand il n’est pas d’accord. Si même Juppé n’est plus « droit dans ses bottes », c’est que vraiment tout fout le camp !

L’erreur de Nicolas Sarkozy sur les idées, c’est le débat sur l’Islam et la laïcité ?
Oui, mais plus largement, c’est le choix d’avoir placé les questions de l’identité, de l’Islam, du lien entre la délinquance et l’immigration, au centre du débat politique. Ça a légitimé le discours du FN et surtout ça a fait ressurgir une fracture idéologique et culturelle au sein de l’UMP : entre ceux qui refusent la droitisation et ceux qui ont la tentation d’adresser un message de sympathie, non pas au FN mais à ses électeurs. D’où la 3ème erreur – l’erreur électorale. On l’a vu aux cantonales : la porosité entre l’électorat de l’UMP et celui du FN joue en faveur du FN, qui propose des solutions plus radicales à des électeurs radicalisés. Résultat : le FN progresse, le PS gagne et l’UMP sombre. Le pari de Nicolas Sarkozy, c’était de flatter l’aile la plus à droite quitte à négliger les centristes : il est en train de perdre des deux côtés. On l’a souvent entendu dire : « Il faut que je fasse tout tout seul. » Si ça continue, c’est ce qui va lui arriver en 2012.

Ecoutez le « Parti pris » de Hervé Gattegno de ce mercredi 30 mars 2011 sur RMC, avec Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno