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Vers l'extension de l'encadrement des loyers: "Ça va créer de la psychose chez les propriétaires"

DÉBAT - Le ministère du Logement a annoncé l'extension de l'encadrement des loyers à Lille et dans l'ensemble de l'agglomération parisienne. Trop tard et inutile aujourd'hui, estime un professionnel. Indispensable, estime au contraire l'association CLCV.

Jusqu'ici cantonné à Paris et aux communes volontaires à titre expérimental depuis août 2015, l'encadrement des loyers pourrait être étendu à d'autres communes. Le ministère du Logement a annoncé sa prochaine mise en place à Lille, et son extension à l'ensemble de l'agglomération parisienne d'ici 2 ans, ce jeudi. Une bonne chose ? Henry Buzy-Cazaux, président de l'institut du management des services immobiliers, et François Carlier, délégué général de l’association de consommateurs CLCV, en ont débattu ce vendredi chez Jean-Jacques Bourdin.

"L'encadrement des loyers fait peur aux propriétaires et investisseurs"

Henry Buzy-Cazaux est contre cette extension et rappelle que le marché s'est calmé de lui-même ces derniers mois, même à Paris. "Le temps politique n'est pas le temps de l'économie, et on voit par exemple qu'à Lille, après une forte hausse entre 2006 et 2011, on a depuis une inflexion" des prix des loyers. "Clairement à Paris, oui on avait besoin de l'encadrement, reconnaît-il. Mais sur des marchés ou il n'y a pas de tension, comme à Lille ou dans la banlieue parisienne, le marché est relativement offreur (plus d'offres que de demandes, ndlr)".

Pour Henry Buzy-Cazaux, l'encadrement des loyers "ne doit pas être un principe idéologique". Il rappelle : "L'encadrement des loyers fait peur aux propriétaires – bailleurs et aux investisseurs. Il y a une psychose autour de cet encadrement, et la conséquence c'est le désinvestissement".

"600 euros pour un 12m2 à Clichy"

"On a encore vu dans les annonces un 12m2 proposé à 600 euros à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), un 17m2 proposé 550 euros à Aubervilliers (Seine-St-Denis), donc il y a un besoin d'encadrement des loyers dans d'autres zones", rétorque François Carlier. Quant à l'angoisse supposée ou réelle des investisseurs, le délégué général de l’association de consommateurs CLCV rappelle "que cette mesure ne vise pas à bloquer l'évolution des loyers, mais vise à dire qu'un logement ne doit pas dépasser 20% du loyer moyen". "Le propriétaire bailleur peut louer à un prix assez élevé dans les zones tendues, on lui demande juste de ne pas louer au-delà de 20% au-dessus de la moyenne. Donc il n'y a aucune raison rationnelle de désinvestir".

"Écrivez à votre maire pour qu'il prenne ses responsabilités"

La CLCV, qui regrette que la loi Alur, qui prévoyait à l'origine l'encadrement des loyers pour toutes les "zones tendues" (soit 1.151 communes de 28 agglomérations), n'ait pas été appliquée comme prévu initialement, appelle donc chaque citoyen à écrire au maire de sa commune pour lui demander d'appliquer l'encadrement des loyers. "On voit bien que les élus locaux font preuve d'inertie ou de blocage. Puisque que cet encadrement risque de ne pas être mis en place, il faut que ce soit une initiative citoyenne. On appelle les habitants à écrire à leur maire pour que ces derniers prennent leur responsabilité", explique François Carlier.

Philippe Gril avec JJ. Bourdin