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Vers une interdiction de manifester: comment le gouvernement, inflexible, a brandi une telle menace

François Hollande et Manuel Valls.

François Hollande et Manuel Valls. - Alain Jocard - AFP

François Hollande a annoncé mercredi en Conseil des ministres qu'il n'y aurait plus d'autorisation de manifester si la préservation des "biens et des personnes" ne pouvait être "garantie", a rapporté le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Et selon nos informations, l'exécutif est inflexible à ce sujet.

François Hollande menace d'interdire les manifestations contre la loi Travail. "Il ne pourra plus y avoir d'autorisation de manifester si les conditions de la préservation des biens et des personnes et des biens publics ne sont pas garantis", a déclaré le président de la République. Une menace abondée par Manuel Valls qui appelle la CGT à ne plus organiser de manifestations. Et selon nos informations, alors que la polémique monte, à l'Elysée comme à Matignon, on est inflexible: plus question d'accepter des manifestations nationales à Paris. 

Cette décision a été prise dès mardi soir, juste après la mobilisation dans la capitale, lorsque le chef de l'Etat et le gouvernement ont vu les dégâts des casseurs sur l'hôpital Necker notamment. "Il faut garder notre sang-froid mais pas question de se laisser déborder", ont dit le président et le Premier ministre au cours d'une réunion selon un proche. Et celui-ci de préciser: "Le plus déterminé des deux n'est pas forcément celui que l'on croit". Comprenez: François Hollande a fait preuve d'une très grande fermeté. 

"Il y a une très forte demande d'autorité de l'Etat de la part des Français", explique encore un proche du Premier ministre et cette autorité Hollande et Valls veulent l'incarner. C'est pour cela que Manuel Valls et le président ont parlé dès mercredi matin d'interdire les manifestations. Il est en effet hors de question de se laisser doubler par la droite, explique un député. Quant aux mises en garde des syndicats si les manifestations venaient à être interdites, l'exécutif balaye cela d'un revers de la main: "Cela ne nous inquiète pas", assure un député proche de Manuel Valls en concluant: "De toute façon, la CGT a perdu la bataille de l'opinion". 

Légal car la France est en état d'urgence

Au niveau légal, cette interdiction est tout à fait possible car le pays est en état d'urgence. Un régime qui prévoit que "le ministre de l’Intérieur et le préfet dans le département" peuvent interdire "à titre général ou particulier, les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre". C'est ainsi que le gouvernement a interdit fin 2015 les "marches pour le climat" prévues à Paris et dans d’autres villes françaises par les organisations écologistes à l’occasion de la COP 21.

Reste la question de l'image politique renvoyée par le gouvernement si les manifestations étaient interdites. "Oui, cela pose un problème politique majeur", reconnaît un parlementaire socialiste, car il s'agit d'un gouvernement de gauche. Les syndicats, de leur côté, y voient le signe d'un gouvernement aux abois. 

M.R avec Stéphanie Collié