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Violences au Gabon: "J'ai pris position pour Jean Ping et j'ai peur pour ma famille"

TEMOIGNAGES - Des affrontements ont éclaté ce mercredi à Libreville, la capitale gabonaise, après la proclamation des résultats de l'élection présidentielle qui ont donné le président sortant, Ali Bongo, vainqueur. "Ils s'en sont pris à la mairie principale, à l'Assemblée, à la prison centrale", raconte sur RMC un Français, expatrié de longue date dans le pays.

Emeutes à Libreville. Ce mercredi, après l'annonce de la réélection d'Ali Bongo, dans la capitale du Gabon, des manifestations pour contester les résultats ont été dispersées à coups de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de jets d’eau. Point culminant de ces violences, l'Assemblée nationale a été incendiée par des manifestants. Selon des résultats officiels provisoires, Ali Bongo a obtenu 49,80% des voix contre 48,23% pour Jean Ping, lors de l’unique tour du scrutin.

L’opposition gabonaise a aussitôt rejeté les résultats et réclamé un nouveau décompte dans la province du Haut-Ogooué notamment où a été signalé un taux de participation frisant les 100 %, d'après le camp de Jean Ping. "Ils s'en sont pris à la mairie principale, à l'Assemblée, à la prison centrale", témoigne un Français expatrié de longue date au Gabon. Mais il nuance quelque peu ses propos: "En réalité, on ne sait pas trop ce qu'il se passe car on n'a plus de communication. On ne peut recevoir que les appels extérieurs. Ils ont coupé internet, Skype, les textos… On est donc tous dans nos maisons, à attendre".

"C'est une insurrection"

"Mais c'est comme ça à chaque élection, assure-t-il. J'en suis à la troisième et c'est toujours le même scénario. Même si là c'est un peu plus virulent. Mais, nous, les expatriés, ne sommes pas plus inquiets que cela. Les Gabonais sont assez pacifistes. Là, ils sont dans la rue à cause de ces histoires de scrutin mais les expatriés ils s'en foutent". Un autre témoin de ce qu'il se passe à Libreville raconte ce qu'il a vu dans les rues de la capitale: "Nous avons été surpris par une horde de jeunes déchaînés, qui, visiblement, voulaient en découdre avec tout ce qui pouvait symboliser le régime".

"Ils s'en sont pris aux bâtiments, aux véhicules, ajoute-t-il. Ils avaient, semble-t-il, des cocktails Molotov donc il y a eu pas mal d'incendies dans la ville". Et d'estimer: "C'est une insurrection ! On ne sait pas ce qui va advenir par la suite". "J'ai vu des bâtiments, comme l'Assemblée nationale, prendre feu. J'ai vu des magasins se faire piller. J'ai vu que pratiquement tous les quartiers de Libreville étaient en situation insurrectionnelle", décrit Marc Ona, membre de la société civile gabonaise, pro Ping. "C'est la colère de tout un peuple qui en a marre, certifie-t-il. La seule issue est de revenir sur les résultats de l'élection présidentielle, de recompter et de proclamer clairement celui qui a remporté ce scrutin, c’est-à-dire monsieur Jean Ping".

La réélection de Bongo est "une mascarade"

Alice, originaire de la même province qu'Ali Bongo, vivant désormais dans les Alpes-Maritimes, fait part dans Bourdin Direct de son inquiétude. "J'ai eu ma mère au téléphone, très tard hier soir. Elle me disait entendre des coups de feu, raconte-t-elle. J'ai eu aussi d'autres amis qui évoquaient des morts. Ils me disaient aussi que les médias sont en train de minimiser la situation et que l'armée dissimulaient au fur et à mesure des corps".

La réélection d'Ali Bongo est "une mascarade", juge-t-elle. "Et dire qu'il est venu en France il y a quelques mois, marcher pour la liberté d'expression ! Le peuple a voté Jean Ping mais surtout pour l'alternance parce que les gens en ont marre, poursuit Alice. Je prends la parole mais j'ai le cœur qui bat parce que j'ai peur des représailles pour ma famille. On en a marre de se taire. Ce n'est plus possible".

Maxime Ricard avec Quentin Pommier