RMC

Vitesse limitée à 30 km/h à Grenoble: "À 30 on ne s'en sort plus"

C'est une première en France. Dès le 1er janvier, la vitesse sera limitée à 30 km/h dans la quasi-totalité de Grenoble et de son agglomération. Une mesure qui vise à limiter la pollution et améliorer la sécurité, mais qui divise. Reportage.

Ce sera la plus grande zone 30 de France. Le 1er janvier, toute la ville de Grenoble et 14 communes de l'agglomération limiteront la vitesse à 30 km/h. Seuls quelques axes resteront à 50 km/h. Et ce n'est qu'une étape, puisque c'est quasiment toute l'agglomération qui sera concernée : au 1er juillet prochain, 43 des 49 villes autour de Grenoble auront adopté la mesure. Pour les élus de la métropole grenobloise, la vitesse de 50 à 30 km/h doit permettre d'améliorer le partage de la voirie, où la cohabitation est parfois difficile entre voitures, piétons et vélos.

"Si je roule à 30 km/h je perds du temps"

Lever le pied, ce n'est jamais un geste que fait avec plaisir l'automobiliste, surtout quand il a l'impression que cela n'est pas utile. "Autour des écoles c'est normal, mais sur l'ensemble de l'agglomération, sur des axes sécurisés, je trouve que c'est peu et c'est dommage", estime ainsi Philippe, interrogé par RMC au volant de sa voiture. Un sentiment partagé par Catherine : "Quand je vais au boulot, si je roule à 30 km/h je perds du temps. On a tous des emplois du temps, des enfants à gérer, à 30 on ne s'en sort plus", estime cette maman.

"Pour que les gens roulent à 30 à l'heure, il faut que cela soit légitime", souligne Jean-Claude Peyrin, premier adjoint au maire de Meylan, l'une des deux seules communes de l'agglomération à refuser la généralisation du 30 km/h, tel un village gaulois au milieu des Romains. "Nous avons essayé une fois de faire une zone 30 dans une zone peu dense, où il y a peu de traversées, et c'est un échec, les gens ne respectent pas", argumente-t-il.

"Les automobilistes doivent accepter de partager la voirie"

Au contraire, pour Catherine Kamowski, la maire de Saint-Egrève, l'une des 14 municipalités qui a décidé au 1er janvier d'abaisser la vitesse en ville, les automobilistes vont s'habituer à cette limitation de la vitesse. "Je me souviens que lors du passage de 60 à 50 km/h, on a eu une litanie de reproches : on allait congestionner les villes, les taxis n'allaient plus pouvoir travailler… Je sais qu'il y a à nouveau ces inquiétudes, mais il faut que les automobilistes acceptent aussi l'idée que l'on partage une voirie avec les autres et que l'on est nous-mêmes piétons à un certain moment et on est alors bien contents quand les voitures ne vont pas trop vite".

Si cette mesure permettra de réduire la pollution liée à la circulation automobile dans cette ville-cuvette cernée par les montagnes, elle vise surtout à améliorer la sécurité des piétons et des deux-roues. Christophe Ferrari, le président de la Métropole grenobloise, explique : "Quand vous tapez quelqu'un à 50km/h, il a une chance sur deux que ce soit extrêmement grave, voire létale. Si vous êtes à 30 km/h, le risque que ce soit grave n'est que que de 5 %. Donc la différence est énorme".

"J'appelle ça un coup de com'"

Mais pour Jean-Damien Mermillod-Blondin, conseiller métropolitain d'opposition (Divers droite), cette limitation de la vitesse est un peu une tempête dans un verre d'eau : "Quand on a une limitation à 50 km/h, la vitesse moyenne de circulation est de 18 km/h, alors qu'à 30 km/h elle est de 17 : c'est 1 km/h de différence. J'appelle ça un coup de com'". Selon lui, "la véritable problématique aujourd'hui, ce n'est pas de rouler moins vite, mais de rouler, tout simplement. Le problème numéro un sur la métropole, c'est de décongestionner l'agglomération".

Reste que les automobilistes auront un peu de temps pour s'adapter, les forces de l'ordre ayant reçu la consigne ne pas verbaliser les excès de vitesse dès ce début d'année. Les radars flasheront au-dessus de 30km/h d'ici l'été prochain.

Philippe Gril avec Gwenaël Windrestin