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Vols de voitures à la souris: "Pour certains assureurs, pas d'effraction, pas d'indemnisation !"

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- - Valéry Hache - AFP

Avec la technique dite de vol à la souris, un cambriolage de voiture sur deux se fait aujourd'hui sans effraction. Avec souvent une double peine pour les automobilistes dont les assurances ne remboursent qu'après avoir constaté… une effraction.

Des vols sans laisser aucune trace. Un cambriolage de voiture sur deux se fait aujourd'hui sans effraction. C'est ce qu'on appelle le vol à la souris, ou "mouse jacking". Rien à voir avec le rongeur, on parle ici d'informatique. Cette technique en vogue chez les malfrats consiste à pirater les systèmes informatiques des véhicules (le signal des clés ou l'antidémarrage électronique) pour les voler, ou pour les ouvrir et s'emparer de tout ce qu'il y a l'intérieur.

Pour cela, il suffit aux voleurs de s'équiper sur Internet. Pour quelques centaines d'euros ils peuvent se fournir du matériel, plus ou moins sophistiqué, qui leur permet de passer outre les sécurités informatiques qui équipent quasiment l'ensemble des voitures neuves.

"Ma voiture a été vidée sans effraction"

Ce vol à la souris, Valentin, qu'a rencontré RMC, en a été victime. En juillet dernier, ce Francilien gare sa voiture sur le parking d'une maternité parisienne. Son neveu vient de naître, mais à la sortie, mauvaise surprise. "Je me suis fait vider la voiture. Je l'avais fermée mais ils ont probablement dû me brouiller le signal parce que quand je suis revenu la voiture était vide et il n'y avait aucune trace d'infraction". Manque de chance, "la voiture était bien pleine parce qu'on était en plein déménagement". Entre trois et quatre mille euros de matériel dérobé, sans aucune trace. Depuis six mois, Valentin est en pourparlers avec son assurance. Le problème c'est face à ce phénomène les assureurs sont un peu démunis. La règle la plupart du temps : pas de constat d'effraction, pas d'indemnisation !

"Je n'ai toujours pas eu le moindre dédommagement alors qu'on leur a adressé un dossier hyper complet, avec la plupart des factures, avec des photos… Et pour l'instant je n'ai aucune nouvelle, déplore Valentin. Ils ont commencé à m'expliquer que ce serait compliqué de prendre en charge. Je ne sais pas comment ça se terminera mais je me doute bien que cela ne va pas être à la hauteur de mes espérances, bien au contraire".

"Des assureurs sont restés à l'époque des années 70"

Pourtant, ces vols sans effraction se multiplient. Et pour cause, il est très simple de trouver l'équipement nécessaire : quelques clics sur Internet, une centaine d'euros, et vous obtenez le kit, qui permet d'ouvrir une voiture sans rien faire de dommages.

Pour l'avocat, spécialisé dans l'automobile, Laurent Mercier, les assureurs ont un train de retard. "Vous avez encore des assureurs qui sont restés à l'époque des années 70, qui exigent pour rembourser qu'on casse le volant, qu'on touche les fils pour que ça fasse des étincelles. Aujourd'hui, ce n'est plus possible à justifier".

"Bien vérifier les conditions de garantie de votre assurance"

S'il reste effectivement quelques assureurs réticents, Alban Adamo, expert auprès des assurances dans les Bouches-du-Rhône, assurent que sa profession s'adapte. "Les voleurs ont toujours un coup d'avance, mais l'essentiel c'est d'être toujours en veille pour connaître les techniques utilisées. Nous-mêmes pratiquons des typologies de vols avec différents boitiers électroniques". Pour lui, "on retrouve toujours une trace. C'est comme un ordinateur, si vous installez un virus ou quelque chose qui n'est pas prévu pour, vous retrouvez toujours des traces d'effraction électronique qui vont générer des falsifications de données, qui vont décaler des compteurs kilométriques..." "Si on qualifie une effraction électronique, l'assureur indemnisera, promet-il, tout en reconnaissant que certains "vieux contrats d'assurances disent que s'il n'y a pas d'infraction, il n'y a pas indemnisation".

"La principale parade c'est donc de bien choisir son assureur, insiste l'avocat Laurent Mercier. Il ne faut pas choisir uniquement en fonction du montant de la prime demandé, mais en vérifiant bien les conditions des garanties". Sinon, autre solution : la bonne vieille canne qui bloque le volant. C'est disgracieux, mais au moins, il n'y a pas d'électronique, juste une clé. Inviolable cette fois-ci.

Philippe Gril avec Thomas Chupin