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"Expliquez-nous": pourquoi l'assassinat d'un scientifique met-il le feu aux poudres en Iran?

Les Iraniens organisent ce lundi des obsèques nationales pour un scientifique qui a été assassiné vendredi. L’Iran accuse Israël d'être à l’origine de cet attentat.

C'était une opération commando. Vendredi dans la grande banlieue de Téhéran, des hommes très lourdement armés ouvrent le feu sur une voiture, tuent le chauffeur et blessent le passager. Au même moment, à moins de 20 mètres, un pick-up piégé explose, détruisant entièrement une autre voiture, probablement celle des gardes du corps.

Opération réussie puisque le passager est mort peu après à l'hôpital, c’est lui qui était visé. Cet homme, c’est un scientifique, un physicien de 59 ans, Moshen Fakhri Sadeh. Considéré comme le chef du programme nucléaire militaire iranien. L’homme qui depuis plus de 20 ans, est chargé d’essayer de produire une bombe nucléaire en Iran.

Tout désigne les Israéliens comme les commanditaires de cet assassinat

Le Mossad, le service secret Israélien est sans doute le seul capable de monter une telle opération. Parce que 5 scientifiques iraniens liés au nucléaire ont été assassinés ces dernières années et à chaque fois, on a fini par apprendre que les Israéliens n’y étaient pas pour rien.

Un journaliste Israélien spécialiste du renseignement a publié un livre sur ces assassinats ciblés et dans les dernières pages, il désigne la prochaine cible: Moshen Fakhri Sadeh. Il écrit que c’est l’un des hommes les mieux protégé d’Iran et que son assassinat allait demander des mois ou des années de préparation…. C’était prémonitoire, ou bien très bien informé. Ce livre est en cours d'adaptation pour faire une série pour la chaîne américaine HBO. 

Dans cette affaire, tout fait penser à une série télé

Si vous avez aimé la série israélienne "Téhéran", ça doit vous parler. Si vous avez vu la saison du “Bureau des Légendes" consacré à l’Iran, vous n'êtes pas non plus en terre inconnue.

A l’origine de toute l’affaire, il y a une incroyable opération des services secrets israéliens. En janvier 2018, une dizaine d'agents du Mossad avait attaqué un entrepôt en plein cœur de Téhéran. C'était le lieu où étaient stockées les archives nucléaires iraniennes.

Les espions israéliens avaient travaillé toute une nuit pour percer une trentaine de coffres forts au chalumeau puis, pour charger des camions qui avaient ensuite réussi à sortir du pays.

Un peu plus tard, le Premier ministre israélien avait tenu une conférence de presse en anglais pour révéler le contenu de ces documents. Et l’une des révélations, à en croire les Israéliens, c'était le nom du père de la future bombe atomique iranienne: Moshen Fakhri Zadeh. Benjamin Netanyahu avait dit: "Retenez bien ce nom". Et ça sonnait comme une menace.

Comment les Iraniens ont-ils réagi?

D’abord en organisant un spectaculaire hommage au physicien assassiné. Sa dépouille ce week-end a fait le tour du pays avec des étapes dans les trois plus grands mausolées consacrés aux martyrs à Téhéran, à Machhad et à Qom.

Ensuite, le parlement a appelé à la vengeance et à voter une résolution pour autoriser l’enrichissement de l’Uranium à 20%. C'est-à-dire, à relancer le programme nucléaire et à cesser toute collaboration avec l’agence internationale de l’énergie atomique.

Les députés crient vengeance donc, mais les spécialistes de l’Iran remarquent que les réactions officielles sont restées relativement mesurées.

Moins virulentes que lors de l‘assassinat d’un général commandant les gardiens de la révolution, tué par un bombardement en janvier dernier en Irak. Les Iraniens avaient alors promis une riposte immédiate et de fait, ils avaient bombardé des bases américaines en Irak.

Aujourd’hui la situation est différente

Le plus grand adversaire de Téhéran s’appelle Donald Trump et il va quitter le pouvoir dans un mois et 20 jours. Juste après les élections perdues, il a envisagé un bombardement de sites nucléaires iraniens mais ses proches l’en ont dissuadé.

Son successeur, Joe Biden, est sur une ligne radicalement différente. Il est pour relancer le dialogue et les négociations avec les Iraniens. Son ministre des affaires étrangères Antony Blinken aussi. Son conseiller à la sécurité aussi. La future patronne du renseignement aussi… Bref, tout va bientôt changer à Washington.

C’est peut-être aussi pour ça que ceux qui ont tué le physicien se sont dépêchés de le faire. 

Nicolas Poincaré