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Mbappé reste au PSG: Emmanuel Macron est-il intervenu?

Selon la presse espagnole, Emmanuel Macron aurait appelé le joueur parisien pour le convaincre de rester dans le club de la capitale.

Le Président de la République est-il, oui ou non, intervenu pour convaincre Kylian Mbappé de rester à Paris?

Il faut rembobiner le film. Le 18 février dernier, le journal espagnol El Mundo annonce qu’Emmanuel Macron aurait appelé le joueur parisien pour le convaincre de rester au PSG et que l’ancien Président Nicolas Sarkozy aurait lui aussi tenté de jouer les médiateurs. On connaît les liens de Nicolas Sarkozy avec le PSG et l’on sait que, depuis la dernière coupe du monde en Russie et la victoire des Bleus, Emmanuel Macron et Kylian Mbappé ont noué une vraie complicité. Mais ni l’Elysée, ni Nicolas Sarkozy n’ont confirmé ou démenti. A l’époque, Mbappé était plus près de Madrid que de Paris.

En milieu de semaine dernière, le journal AS prétend que l’Emir du Qatar, Tamin bin Hamad Al Thani, aurait personnellement demandé à Sarkozy et à Macron de faire pression sur la star parisienne pour qu’il reste dans la capitale. La presse espagnole sait que ça sent le roussi, qu’il y a désormais plus de chance que Mbappé reste à Paris. Du coup, on cherche des explications, des justifications. Mais là encore aucune confirmation. Ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent ne parlent pas.

Dimanche, j’ai échangé avec Karl Olive, le maire de Poissy, proche d’Emmanuel Macron et de la famille Mbappé – Poissy qui va bientôt accueillir le nouveau d’entrainement flambant neuf du PSG. Il sourit et dit que "toutes les bonnes volontés qui ont pu convaincre le joueur de rester ont été utiles". Karl Olive qui a annoncé dès mercredi dernier sur son compte Twitter que Mbappé restait à Paris avant de retirer son tweet.

Même son de cloche chez un poids lourd de la majorité, François Bayrou à qui j’ai posé la question: "un Président doit-il faire ça?". Réponse de Bayrou: "Oui, si c’est bon pour la France, un Président doit faire ça".

Faire plaisir au Qatar, un enjeu stratégique

Un Président doit-il faire ça ? Oui et pour au moins deux raisons.

Mbappé, c’est plus qu’un joueur de foot, c’est un symbole de la France à l’étranger, un atout pour l’attractivité du pays, comme la Tour Eiffel, la mode ou la gastronomie.

Et stratégiquement, c’est important pour la France de faire plaisir au Qatar. D’abord parce que le Qatar est sans doute le seul véritable allié régional de la France au Moyen Orient. Il y a même, entre les deux pays, un accord de soutien en cas d’agression. Ensuite parce que le Qatar est un très gros investisseur en France.

En 2008, Nicolas Sarkozy avait signé avec Doha un accord fiscal très avantageux exonérant les investissements qataris de tout impôt sur les dividendes, sur les plus-values immobilières et sur les gains en capitaux. Un cadeau fiscal qui a porté ses fruits: le Qatar a pris des participations dans une dizaine d’entreprises du CAC 40 : Accor, Suez, Veolia, Vinci, Total, LVMH, Airbus, Lagardère. Ces échanges d’intérêts bien compris se sont poursuivis sous François Hollande (avec la vente de 24 avions de combat Rafale en 2015), puis sous la présidence d’Emmanuel Macron avec la signature à Doha en décembre 2017 d’un contrat d’armement de 11 milliards d’euros (12 Rafale supplémentaires et des centaines de blindés), mais aussi la vente de 50 Airbus dernière génération et la construction du métro de Doha. Sans parler de l’acquisition de nombreux palaces, à Paris (comme le Royal Monceau et le Peninsula) et à Cannes (Carlton, Majestic, Martinez, Gray d’Albion) et de nombreux immeubles de prestige dans la capitale (comme l’Hôtel d’Evreux place Vendôme, acheté 230 millions d’euros, l’hôtel Lambert sur l’Ile Saint-Louis)…

Un argument géostratégique

Au-delà de ces raisons économiques il y a un autre argument géostratégique: la guerre en Ukraine. Quel rapport avec Mbappé ? Simple. Tous les pays européens essaient de sortir de leur dépendance aux hydrocarbures russes: gaz et pétrole. Pour y parvenir, il faut trouver d’autres fournisseurs. Or, le Qatar est le 5e producteur de gaz naturel du monde, derrière la Russie, les USA, le Canada et l’Iran. Dans ce contexte, il vaut mieux être en bons termes avec Doha.

D’ailleurs, l’Emir du Qatar a entamé il y a trois jours un véritable tour d’Europe ; il était à Madrid il y a trois jours et (pas pour parler foot), il est passé par Berlin, Londres. Il arrive à Paris aujourd’hui avant de s’envoler pour le Forum économique de Davos.

Alors oui, le foot, c’est plus que du foot. Qu’Emmanuel Macron s’en mêle n’est pas illogique. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’un leader politique intervient dans le transfert d’un joueur de foot. En 1975, le roi Pelé achève sa carrière au FC Santos au Brésil, il a 34 ans. Le Cosmos de New-York veut à tout prix l’engager pour deux ans. Le président américain Richard Nixon demande alors à son ministre des affaires étrangères, Henry Kissinger, d’appeler la star planétaire pour le convaincre de jouer à New-York. Kissinger expliquera plus tard que Pelé était la deuxième marque la plus connue au monde après Coca-Cola. Pelé a joué deux saisons au Cosmos – et après lui, l’Italien Schinaglia et l’Allemand Franz Beckenbauer. Et bien Mbappé, c’est peut-être notre Pelé à nous.

Laurent Neumann