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Miss France: le concours de la plus belle femme est-il devenu ringard? Le plateau d'"Estelle Midi" divisé

Miss France: ringard ou populaire? "Estelle Midi" du vendredi 10 décembre 2021

Miss France: ringard ou populaire? "Estelle Midi" du vendredi 10 décembre 2021 - RMC

Arriéré ou populaire? La question du concours Miss France a débouché sur une discussion animée ce vendredi entre les chroniqueurs d'"Estelle Midi", sur RMC.

Alors que la 92e édition Miss France se tient ce samedi soir, le concours aurait-il pris quelques rides? L’élection télévisée de la femme considérée comme la plus belle de France s’est attirée les foudres d'une partie de l'opinion depuis plusieurs années. En cause: la vision et les valeurs sexistes, notamment liées au corps féminin, véhiculées par le concours de beauté. De fait, Miss France est-il devenu ringard et arriéré? La question n'a pas manqué de diviser les chroniqueurs d'"Estelle Midi" ce vendredi.

"Pour moi, le problème n’est pas de savoir s’il est ringard ou populaire. Le problème est qu’il s’inscrit dans une tradition sexiste qui est celle de contrôler et d’évaluer non seulement l’apparence mais aussi le comportement des femmes", analyse Fatima Benomar,

"Seule une morphologie est agréée"

Selon la militante appartenant au collectif féministe #NousToutes, la problématique se niche particulièrement dans l'établissement de critères devant être invariablement remplis par les candidates aux écharpes. "C’est une cérémonie qui a l’air tellement solennel qu’elle en devient officielle: elle donne une description officielle de ce que devrait être la plus belle femme et ce qui est censé être une femme bien", appuie-t-elle.

Et d'énumérer: "On peut rappeler les critères: une femme belle, c’est forcément un femme mince. Seule une morphologie est agréée. Une belle femme est censée être une femme jeune. Pourquoi la plus belle femme de France ne peut pas avoir 30, 40 ans? La plus belle femme de France ne peut pas être petite, elle doit faire au moins 1 mètre 70. Elle ne peut pas être tatouée ni divorcée. Pourquoi des critères aussi conservateurs?", demande-t-elle à la cantonade, agacée.

Des mots qui font sortir Estelle Denis, amatrice du concours du beauté, de ses gonds: "Quand je regarde Miss France, je ne me dis pas: 'Je ne suis pas dans les critères, qu’est-ce que je suis moche, qu’est-ce que je suis nulle'".

"Je suis pour l'ouvrir à tout le monde. Mais qu'est-ce qui va se passer si vous prenez tout le monde? Vous allez vous moquer des candidates. Il y a des critères comme dans chaque concours", tranche-t-elle, faisant le comparatif avec certaines émissions de téléréalité musicales.

Même son de cloche pour Laurent Dandrieu, chef du service Culture à Valeurs Actuelles. De son avis, les candidates "ne se sentent pas concernées" par ces critères. "Il y aurait beaucoup plus à dire sur les femmes photoshopées dans les magazines", donne-t-il en exemple.

Interviewée plus tôt ce vendredi sur RMC, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a également confié qu'elle estimait Miss France comme un "concours amusant, sympathique, glamour", se décrivant comme ne faisant pas partie "de ceux qui boudent leur plaisir devant le concours".

"Tout le monde peut se présenter"

Par ailleurs, ces critères peuvent être plus souples en comparaison avec l'image que le grand public peut se faire, selon Nathalie Marquay-Pernaut. La Miss France 1987 et désormais comédienne l'assure: "Quand vous voyez les Miss défiler, si vous enlevez les collants, au moins une dizaine de filles ont les fesses qui tombent un peu. Elles peuvent avoir des formes. On aime les formes. Sylvie [Tellier, présidente du comité Miss France] aime les formes", défend-elle. Elle exclut par ailleurs l'existence de la pratique de vomissements volontaires dans les rangs de Miss France.

"Tout le monde peut se présenter, et plein de femmes n'osent pas le faire", regrette Nathalie Marquay-Pernaut.

Toutefois, l'ancienne Miss France admet qu'une nette évolution s'est mise en branle jusqu'à aujourd'hui. "A mon époque, je peux concevoir, c'était 'sois belle et tais-toi'. Maintenant, ça a évolué, c'est extraordinaire", se réjouit-elle. 

Parmi ces évolutions particulièrement saillantes sur le plan social, les candidates pourront bénéficier cette année, et ce pour la première fois, d'un contrat de travail dans le cadre de leur participation au concours.

Une popularité immuable

Périco Légasse, journaliste et critique gastronomique au magazine Marianne, plaide quant à lui pour un entre-deux sur cette question épineuse. "Sur le fond de la morale humaine, Fatima a raison", affirme-t-il, confiant que le concours Miss France "va disparaître" selon lui. 

Pour autant, "foutons la paix aux femmes qui sont d'accord pour s'y exposer et foutons la paix aux gens qui aiment ça", juge-t-il, tout en nuançant: "mais c'est vrai qu'on expose un être vivant comme un trophée".

Une description qui fait bondir Nathalie Marquay-Pernaut: "On ne met pas le couteau sous la gorge des femmes qui se présentent. Ce sont des femmes intelligentes, elles ont des carrières, sont heureuses. On n'est pas des bouts de viande, des trophées", s'insurge-t-elle.

Surtout, de l'avis de la lauréate de l'édition 1987, l'émission demeure portée par une popularité qui ne se dément pas au fur et à mesure des années. "C'est très populaire, très convivial. Au mois de décembre, tout le monde a hâte de voir Miss France. C'est un moment de famille, chacun va choisir sa Miss France...", s'enthousiasme-t-elle

Cette popularité infaillible se vérifie dans les chiffres. L'an dernier, quelque 8,6 millions de personnes ont regardé l'émission télévisée, soit la meilleure audience enregistrée depuis 2006. Un niveau des plus élevés qui a de bonnes chances de se reproduire ce samedi.

H.R.