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"Quand un terme n'est pas clair pour tout le monde, il n'a pas sa place dans un dictionnaire": l'apparition du pronom "iel" dans "Le Robert" fait débat

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer s'offusque de l'apparition de ce pronom genré utilisé par certains jeunes dans le dictionnaire Le Robert, qui se défend de tout "wokisme".

Le pronom "iel" a-t-il sa place dans le dictionnaire? Le directeur général des éditions Le Robert, Charles Bimbenet, a défendu mercredi l'ajout à la version en ligne de son prestigieux dictionnaire de ce "pronom non genré", après des critiques du ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer.

Dans un tweet écrit mardi, le ministre a apporté son soutien au député de la majorité François Jolivet, qui avait dénoncé l'entrée de ce mot, principalement utilisé par un public jeune, dans une lettre à l'Académie française.

Jean Pruvost, lexicologue et historien de la langue française, était l'invité d'Estelle Midi et reconnaît qu'il y a un "petit" débat parmi les linguistes sur la question, mais que personnellement il n'y est pas favorable. 

"A mon avis, Paul Robert et Alain Rey, qui étaient très féministes mais opposés à l'écriture inclusive pour diverses raisons, ils doivent rire ou se retourner dans leur tombe.
Je crois que ça n'y a pas sa place. Je pense qu'on se trompe de support. Il y a des revues de spécialistes qui peuvent discuter d'un mot. Et puis il y a les dictionnaires qui enregistrent l'usage. (...) Là, c'est inclure quelque chose de discriminant (...) On est sur quelque chose de l'ordre du militantisme et ça n'y a pas sa place."

"N'en déplaise à certains, Le Robert n'a pas été subitement atteint de 'wokisme' aigu"

Dans un communiqué publié sur le site internet du Robert, Charles Bimbenet confirme l'ajout il y a "quelques semaines" du mot "iel" dans son édition en ligne et se défend de tout militantisme. S'il reconnait que l'usage de ce mot est "encore relativement faible", il explique que "depuis quelques mois, les documentalistes du Robert" ont constaté qu'il était de plus en plus utilisé.

Il rappelle que "la mission du Robert est d'observer l'évolution d'une langue française en mouvement, diverse, et d'en rendre compte".

"N'en déplaise à certains, Le Robert n'a pas été subitement atteint de 'wokisme' aigu, un mot 'non transparent' (pas encore défini, ndlr) dont nous vous promettons bientôt la définition", a-t-il conclu.
J.A. avec AFP