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"Il y a un empoisonnement de la société française" pour le chanteur de Zebda, Magyd Cherfi

Invité de l'interview "Tous engagés" de la matinale week-end de RMC, Magyd Cherfi, chanteur du groupe Zebda et écrivain, a avoué s'être senti trahi par les responsables politiques de gauche et estime qu'il y a "un empoisonnement de la société française" par les idées d'extrême-droite.

Les illusions perdues. Magyd Cherfi, le chanteur de Zebda, était l'invité de la matinale week-end de RMC. Interrogé sur l'ambiance actuelle en France, celui qui est aussi écrivain estime qu'"il y a un empoisonnement de la société française (par l'extrême-droite)."

"Un Français aujourd'hui c'est quelqu'un qui aime la France. Ce n'est pas quelqu'un qui est musulman, noir, arabe, sub-saharien ou je ne sais quoi. Il faut faire des Français qui aiment la France. Je me sens français, mais dans le regard de l'autre, je suis un immigré, un Algérien. Le problème c'est que dans l'inconscient collectif, être Français, c'est être blanc et catholique. Quand on n'est pas blanc, on n'est jamais Français dans le regard de l'autre."

Ce constat lui fait dire que son groupe, Zebda, "s'est fourvoyé en courant derrière la jeunesse issue de l'immigration. On s'était dit on va porter une parole citoyenne, républicaine, laïque, on va faire en sorte de faire émerger toute cette jeunesse issue de l'immigration et l'amener vers cette idée. Mais au fil du temps s'est aggloméré autour de nous un public tout ce qui était de plus blanc, car nous même nous étions blanc: Français, laïcards, républicains, respectueux de la république."

"Trahi par les responsables politique de gauche"

Pour lui, la politique d'intégration est "plutôt un échec": "la gauche n'a pas fait le nouveau récit français, n'a pas fait pénétrer dans l'inconscient collectif l'idée de créolisation, comme dirait Jean-Luc Mélenchon. La gauche n'a pas été assez intégratrice, n'a pas fait entrer dans la Nation les populations issues de l'immigration."

"Je suis fondamentalement quelqu'un qui porte à gauche, mais je me suis senti trahi par les responsables politiques de gauche. L'espoir est né un jour de mai 81, et, au bout du parcours, la gauche de Hollande a portée la déchéance de nationalité," explique-t-il, expliquant que c'est ce qui a donné naissance à un Eric Zemmour aujourd'hui: "avec ça, la bête est entrée dans le corps."

Face à la montée des droites nationalistes, Magyd Cherfi n'a pas peur:

"Il n'est pas invraisemblable que Marine Le Pen l'emporte. Ça ne m'effaie pas, car elle n'est pas effrayante, elle fera comme les autres, elle arrondira ses propositions. Je n'ai pas peur. J'ai presque envie de dire 'Chiche!' aux Français: vous le vouliez, le voilà !"

Des excuses de la France à l'Algérie, "ça ne servirait à rien"

Autre sujet de débat, les relations entre la France et l'Algérie. Alors que les 60 ans des accords d'Évian, mettant fin à la guerre d'indépendance de l'Algérie, seront célébrés le 18 mars 1962, Magyd Cherfi estime que des excuses de la France à l'Algérie pour la colonisation et la guerre "ne serviraient à rien", même si "dans le plus profond de mon coeur, je le souhaiterai."

"La France n'est pas prête, l'Algérie encore moins. L'Algérie se nourrit du sentiment anti-français. Il y a une immaturité réciproque entre ces deux pays", conclut le chanteur.

Maxime Martinez