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Les efforts du gouvernement pour la relocalisation sont-ils efficaces ?

A l'occasion du salon du Made in France, RMC a essayé de savoir si les efforts du gouvernement pour encourager les entreprises à relocaliser leur production étaient impactés par le contexte économique.

Les efforts du gouvernement pour encourager les entreprises à relocaliser leur production sont-ils efficaces? Ces aides en question, ce sont 850 millions d'euros qui ont profité à 477 projets depuis août 2020. Samedi, le groupe Intuis était présent au Salon du Made in France, porte de Versailles à Paris. Cette entreprise spécialisée dans le chauffage électrique a profité de cette aide. Pour fabriquer ses chauffe-eaux, le directeur des affaires publiques Eric Baudry explique qu'il devait, jusqu'ici, importer une partie des matières premières.

"Un chauffe-eau nécessite d'avoir une cuve, et c'est un produit que l'on achetait en Serbie."

Depuis un an et demi, l'entreprise a réintégré la production de ses cuves, produites maintenant dans la Baie de Somme au prix d'un investissement de 3,5 millions d'euros et d'une subvention de l'Etat de 800 000 euros. Cette nouvelle ligne de production a créé 25 emplois. Le prix du produit a certes augmenté, mais pas plus que s'il devait continuer à l'importer.

"Mis sur le marché, on a un différentiel de prix de 10 à 15% du fait de sa fabrication en France. Les événements actuels, notamment les prix du fuel et du carburant, font que nous sommes à peu près équivalents en terme de prix et de mise sur le marché, que si ce produit venait de l'étranger."
  • Tout le monde a-t-il intérêt à relocaliser ?

C'est plus compliqué que ça. Par exemple, le motoriste et équipementier Safran a suspendu son projet d'usine de freins carbonne près de Lyon au profit de ses sites asiatiques et américains, où la hausse des prix de l'énergie est moins importante qu'en France. Pour l'économiste Sonia Bellit, spécialiste des questions industrielles chez BSI Economics, les obstacles sont nombreux :

"On ne fera pas revenir des entreprises qui ont délocalisé en Asie ou au Maghreb pour des questions de coût. Surtout, une entreprise ne peut pas bouleverser sa chaîne d'approvisionnement du jour au lendemain. Donc la relocalisation, cela reste marginal."

C'est aussi ce que dit l'étude sur laquelle a travaillé Sonia Bellit pour le groupe de réflexion La Fabrique de l'Industrie : sur 153 entreprises interrogées ayant délocalisé au moins une partie de leur activité, 8% seulement envisagent une relocalisation. Autre obstacle : les démarches administratives pouvant aller en France jusqu'à deux ans selon l'économiste, contre seulement six mois en Allemagne.

  • Quels organismes pour accompagner les entreprises qui veulent relocaliser ?

Relocalisations.fr est une jeune association créée il y a un an, qui a déjà aidé onze entreprises dans leurs démarches. La conviction de sa fondatrice, Carine Guillaud : à moyenne échéance, les pays asiatiques dont la Chine ne resteront pas l'usine du monde.

"Quand on sait ça, on comprend tout de suite que les industriels qui essaient de relocaliser le plus vite possible seront les mieux placés pour répondre à la demande des consommateurs. Celle-ci ne va pas s'arrêter."

Selon l'association, un quart des produits manufacturés sont susceptibles de connaître des problèmes d'approvisionnement.

Pierre Bonneyrat