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Ados jihadistes: "Le terrorisme n'est que la partie émergée de la délinquance des mineurs"

Un prévenu accusé d'avoir favorisé le départ de Français vers la Syrie arrive à son procès, en décembre 2015 à Paris (Photo d'illustration)

Un prévenu accusé d'avoir favorisé le départ de Français vers la Syrie arrive à son procès, en décembre 2015 à Paris (Photo d'illustration) - François Guillot - AFP

Alors que trois mineurs soupçonnés de terrorisme ont été arrêtés en une semaine, l'ancienne juge antiterroriste Béatrice Brugère, tire la sonnette d'alarme sur le phénomène plus global de la violence des jeunes.

"Il faut replacer l'action terroriste des mineurs dans un phénomène beaucoup plus global qui est celui de la délinquance des adolescents. Le terrorisme n'est que la partie émergée d'un vrai problème de société : depuis quelques années les mineurs délinquants sont de plus en plus jeunes et violents et passent de plus en plus souvent à l'acte. Le terrorisme est une nouvelle version de ce phénomène de délinquance, parce que l'État Islamique a une stratégie qui s'adresse directement aux mineurs et qui fonctionne assez bien parce que c'est binaire et que ces jeunes sont à un âge de fragilité".

Aujourd'hui les familles, comme l'école, qui sont des remparts naturels pour éviter les passages à l'acte et permettre l'éducation et la socialisation des enfants, ne sont plus ce rempart.

"Je le répète, c'est un vrai problème global et le terrorisme n'en est qu'une partie. Alors bien sûr c'est le plus visible et le plus effrayant, mais il y a aussi pleins de mineurs qui se mettent en danger, qui sont dans des réseaux criminels, de drogue et de prostitution qui sont extrêmement graves également".

"Un trou dans la raquette"

Que faire de ces mineurs arrêtés de façon 'préventive' ? (35 mineurs sont mis en examen aujourd'hui dans des enquêtes antiterroristes: 23 garçons et 12 filles. Neuf sont déjà en prison, NDR). Aujourd'hui, rien n'a été réellement pensé, coté pénal, sur des unités dédiées pour les mineurs radicalisés mis en prison. Or, un quart de ceux qui partent faire le jihad sont des mineurs.

Il n'y a pas d'unité réellement spécialisée avec des centres de déradicalisation dédiés lorsque des mineurs sont dans une procédure judiciaire.

Et c'est pareil pour les femmes. Aujourd'hui toutes les unités dédiées avec des programmes de déradicalisation sont pour des adultes et pour des hommes. Il y a un trou dans la raquette (sic). Tout est à inventer. Le gouvernement a présenté son nouveau plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme en mai 2016. Le temps qu'on mette en place les moyens et que l'on forme les personnels, ça va être encore long avant qu'on ait une réelle prise en charge. Ça ne veut pas dire que l'on ne fait rien, ça veut dire que nous sommes en train de tout inventer".

P. G. avec les GG