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Affaire Legay: Le procureur de Nice doit-il sauter ?

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Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre a reconnu avoir minimisé la blessure de Geneviève Legay lors d'une manifestation de gilets jaunes le 23 mars pour éviter d'embarrasser le Président. Le ministère de la Justice ne souhaite pas engager de procédure disciplinaire.

Le 23 mars dernier, Genevière Legay, une manifestante de 73 ans, avait été grièvement blessée à la tête lors d’un rassemblement non autorisé des « gilets jaunes » à Nice. Le 25 mars, seulement deux jours après l’incident, le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre avait dédouané la police: "Ce dont on est sûr à l'analyse des images, j'irai presque dire pixel par pixel, c'est qu'elle n'a pas été touchée par les forces de sécurité".

Quelques heures plus tôt, Emmanuel Macron affirmait déjà que Geneviève Legay "n’avait pas été en contact avec les forces de l’ordre" dans le journal Nice-Matin. Mais, les jours d'après, le procureur de Nice était revenu sur sa déclaration et avait reconnu "un contact direct entre un membre des forces de l’ordre et Madame Legay".

Début juillet, la Cour de Cassation a décidé de dépayser l’enquête sur les violences subies par Geneviève Legay, à Lyon. L’objectif était de dissiper tout doute sur l’impartialité du magistrat niçois. Pour autant, Le Monde a révélé ce mercredi 24 juillet, que parmi les différentes explications données par le magistrat niçois, dans le cadre de son audition demandée par le directeur des services judiciaires en avril, Jean-Michel Prêtre a avoué qu’il n’avait pas voulu mettre le chef de l’État dans l’embarras "avec des divergences trop importantes" entre les versions. Et ce, de son propre chef.

Pour notre avocate, Marie-Anne Soubré, le procureur de Nice doit être démis de ses fonctions :

"Soit ce procureur a reçu des instructions de la Garde des sceaux qui lui demandait de minimiser les faits, soit c’était une initiative personnelle […] Mais, dans tous les cas, les images sont catastrophiques pour la profession […] Je ne peux plus jamais avoir confiance en cet homme-là. Il ne peut ne pas rester procureur, ce n’est pas possible ! »

Jacky Coulon, secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats a apporté un élément d’explication supplémentaire dans les Grandes Gueules. Pour lui, c’est la dépendance des métiers de la magistrature à l’exécutif qui a incité Jean-Michel Prête à protéger le Président de la République :

"Ne mords pas la main qui te nourrit. On en a l’illustration ici. La carrière du procureur dépend exclusivement du gouvernement. On comprend que sans avoir à recevoir d’instructions précises dans un dossier, le procureur évite de froisser l’exécutif pour ménager sa carrière"

Mais, pour Mireille Damiano, l’avocate niçoise de Geneviève Legay : "Un procureur n’a pas à protéger qui que ce soit". Si le ministère de la Justice ne souhaite pas engager de procédure disciplinaire contre Jean-Michel Maître, les avocats de Geneviève Legay ont saisi le Conseil supérieur de la magistrature.