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Chleuasme, "captatio benevolentiae"... L'analyse rhétorique du discours de Macron

La GG et prof de français Fatima Aït-Bounoua a décrypté ce mardi le discours du président la République prononcé la veille devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles.

Emmanuel Macron était attendu, et a finalement livré peu d'annonces lundi. Le président de la République a défendu lundi devant le Congrès les "chantiers d'une ampleur jamais vue" engagés depuis un an, et affiché sa volonté de donner une tonalité plus sociale aux réformes à venir pour tenir compte des critiques sur le "président des riches".

"Je suis devant vous dans ce rendez-vous que j'ai voulu annuel, humble mais résolu", a déclaré le chef de l'Etat en s'adressant aux quelque 900 députés et sénateurs rassemblés sous les ors de l'hémicycle du château de Versailles. Une humilité de façade ?

"Ca ressemble plus au chleuasme, le faux auto-dénigrement de soi"

C’est en tout cas l’avis, la GG prof de français Fatima Aït-Bounoua qui a livré son décryptage de cette intervention solennelle du président de la République. Elle a trouvé qu’il a usé de beaucoup de figures de style pour faire passer un message de forme plutôt que de fond.

"Le professeur de français en moi a regardé avec intérêt la forme, en revanche la citoyenne regardait ce spectacle avec inquiétude. Un exercice d’humilité ? Non c’était moins un exercice d’humilité qu’un exercice de rhétorique. On ne peut même pas parler de contrition puisque le moment où il se met en scène dans une posture de contrition en disant “Je ne peux pas tout faire”, “Je peux faire des erreurs”... Ca ressemble plus à une figure de rhétorique qui s’appelle le chleuasme, c’est le faux auto-dénigrement de soi. Ca ressemble un peu à ça."

"Il change l’emballage mais le contenu est le même"

Autre figure de style utilisée par le président, la captatio benevolentiae qu'il avait lui-même évoquée lors de son entretien face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel

"Dans ce sens là on assisté à tout le début du discours à la captatio benevolentia, c’est capter la bienveillance de ceux qui écoutent en répondant d’avance. On a pu dire de lui qu’il était arrogant, qu’il n’était pas à l’écoute, donc il commence en disant: “Je vous ai entendu”, “Je vous ai compris”, “J’ai gagné en humilité”... "

Fatima Aït-Bounoua estime donc que ces artifices ont été utilisés pour maquiller le contenu du discours qui n'a pas changé malgré

"On se dit tiens, le reste du discours va être à l’image de cette prise de conscience, et finalement il change l’emballage mais le contenu est le même.Là où ça m’inquiète c’est lorsqu’il dit au sujet des pensions de réversion qu’il n’y touchera pas “aujourd’hui”. Donc il dément cette rumeur et la confirme à la fois en induisant qu’il va y avoir du changement."
J.A. avec les GG