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Delphine Horvilleur, rabbin: "Les religions ont toutes un problème avec les femmes"

Delphine Horvilleur, une des trois femmes rabbins de France, était l'invitée des Grandes Gueules ce mardi sur RMC. Elle a dénoncé la montée du communautarisme et regretté la dilution des identités qui en résulte.

On l'appelle "madame le rabbin". "On peut dire rabbine, mais là on pense toujours à la femme du rabbin", sourit Delphine Horvilleur, une des trois femmes rabbins en France, invitée ce mardi des Grandes Gueules dans le cadre de la semaine des Audacieuses. "J'ai rasé ma barbe avant de venir et j'ai enlevé mon chapeau", s'amuse-t-elle encore, elle qui est "habillée comme quelqu'un de [sa] génération".

Diplôme de rabbin

Après des études de sciences médicales, puis un emploi de journaliste à France 2, c'est alors qu'elle vit aux États-Unis, "où il y a des centaines de femmes rabbins", qu'elle décide de sauter le pas. "J'ai suivi un cursus dans un séminaire rabbinique, soit cinq années d'études après une licence qui permettent de devenir rabbin".

Pour décrocher son diplôme de rabbin, elle suit des cours d'histoire, de théologie, de philosophie, étudie le Talmud et la Bible ainsi que la pensée religieuse. Et voilà comment on devient rabbin… et écrivain, puisque Delphine Horvilleur publie chez Grasset un essai intitulé "Comment les rabbins font les enfants: sexe, transmission, identité dans le judaïsme".

"Pas reconnue par le Consistoire"

Mais on peut être rabbin sans être reconnue officiellement par le Consistoire centrale, l'institution représentative de la religion juive en France. "Le consistoire, mis en place par Napoléon il y a deux siècles, est de sensibilité orthodoxe et ne reconnaît pas les mouvances progressistes ni la féminisation du rabbinat", explique-t-elle. Si elle souligne ses "relations très amicales avec le Grand rabbin de France", elle note que "ce n'est pas propre au judaïsme". "On se rend compte que ce que les religions ont en commun, c'est qu'elles ont toutes un problème, dans leur version traditionnelle, avec les femmes et le féminin".

Interrogée sur le débat sur le port des signes religieux et notamment le port du voile, la rabbin a regretté la montée du communautarisme en France. "On parle en permanence de la fidélité à l'identité. Mais c'est une vision tronquée, comme si être fidèle à sa tradition c'était reproduire à l'identique des gestes ancestraux, comme si on n'était pas en permanence en train de réinventer nos traditions. Ceux qui disent 'portons le voile', et le font de manière agressive, font croire que cela a toujours été ainsi, alors que c'est faux. Nos pratiques religieuses, dans le judaïsme comme dans l'islam, sont le produit de la modernité".

"Comme si être fidèle à sa tradition c'était reproduire à l'identique des gestes ancestraux"

"Ce qui est terrible c'est que l'identité religieuse prend toute la place", ajoute-t-elle. "Je suis juive, rabbin, mais je ne suis pas que ça: je suis femme, parisienne, mère de famille, ayant grandi en province… Mon identité est multiple. Ce qui est terrible dans ce temps de communautarisme, c'est qu'on fait dire aux gens qu'ils ne sont que ça: que juif, que musulman. Or, il est extrêmement important de rappeler la complexité de nos identités qui nous permet de partager beaucoup plus que ce qui nous différencie".

Philippe Gril avec les GG