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Entrée des Pays-Bas au capital d'Air France-KLM: "Le groupe risque de se retrouver coincé entre deux états"

Le gouvernement néerlandais a acquis une participation de 12,68% dans Air France-KLM pour 680 millions d'euros afin de renforcer son influence dans le groupe aérien et compte porter cette part au niveau de celle de la France, soit environ 14%.

L'affaire est devenue politico-diplomatique. Mercredi soir, le gouvernement néerlandais a annoncé avoir achevé son opération de rachat de parts d'Air-France KLM et en détenir 14%, soit presque autant que la France, dans le but de contrer l'influence de Paris dans le groupe de transport aérien.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a qualifié l'opération néerlandaise "d'inamicale" et "d'incompréhensible", réitérant ses reproches à La Haye pour ne pas avoir prévenu Paris sur ses intentions, estimant que cette opération "détruit de la valeur". Mercredi, le titre Air France-KLM a plongé de 11,74% à 11,24 euros.

Pour le consultant aéronautique Gérard Feldzer, il s'agit avant tout de "fierté nationale":

"Nos amis bataves qui sont quand même les rois du libéralisme ont trouvé des vertus au capitalisme d'état à la chinoise. Ils se sont endettés de 680 millions d'euros et le contribuable avec la Bourse a déjà perdu 90 millions d'euros. Ça va remonter, mais la raison de tout c'est qu'il y a une fierté nationale. On a vu le traumatisme qu'il y a eu avec la disparition de Swissair, donc la crainte de devoir être soumis aux aléas de la compagnie Air France, c'est quelque chose qui passe mal. Ils se disent que KLM fait 80% des bénéfices. Sauf que les conditions financières ne sont pas les mêmes en Hollande et en France: taxes, salaires, fiscalité".

"Chacun a sa part du marché à produire"

Le consultant estime aussi que la compagnie aérienne risque d'être tiraillée entre deux stratégies: "Les stratégies de l'état français et de l'état néerlandais ne sont pas du tout les mêmes. Du coup le groupe risque de se retrouver coincé entre deux états qui vont avoir droit au chapitre de la stratégie et ce n'est pas évident à gérer. Evidemment Air France, c'est l'image et la réputation de la France, le savoir-vivre, l'élégance, etc, ça se vend. Mais il y a aussi le mot KLM, avec la rigueur des Hollandais et ça se vend aussi. Donc chacun a sa part du marché à produire".

Paulina Benavente