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Gérard Davet et Fabrice Lhomme: "L'affaire de la sextape illustre la déresponsabilisation des joueurs"

Les deux journalistes, qui suivent l'affaire de la sextape de Valbuena pour Le Monde, estiment que le "problème de Karim Benzema, c'est qu'il ne voit pas où est le problème justement" dans cette affaire.

Invités ce jeudi des Grandes Gueules sur RMC, les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme sont revenus sur l'interview donnée par Karim Benzema, mercredi soir dans le 20h de TF1. Mis en examen depuis le 5 novembre pour "complicité de tentative de chantage" et "participation à une association de malfaiteurs" dans l'affaire de la sextape de Mathieu Valbuena, l'attaquant de l'équipe de France des Bleus a dénoncé un "acharnement médiatique "et répété sa ligne de défense : lui n'a jamais voulu participer à un quelconque chantage contre son coéquipier chez les Bleus, mais lui a juste glissé un conseil amical tout en rendant service sans mauvaises pensées à son ami d'enfance Karim Zenati, soupçonné d'être le maître chanteur dans cette affaire.

"On peut commettre un délit sans en avoir forcément conscience"

"Depuis le début, Karim Benzema ne comprend pas ce qu'il se passe, estime Fabrice Lhomme sur RMC. Il dit : 'moi j'ai rendu service à mon meilleur pote en allant parler à un coéquipier de l'équipe de France, qui a une histoire que mon pote peut lui arranger'. Il ne voit pas le problème, et c'est là qu'est justement le problème. Il ne comprend pas qu'aller demander à quelqu'un (Valbuena) d'aller voir son copain (Zenati), qui est quand même repris de justice, qui est en liaison avec des maitre chanteurs pour gagner de l'argent sur une vidéo intime, juridiquement on n' a pas le droit et cela s'appelle du chantage". "On peut commettre un délit sans avoir forcément conscience que c'est délictueux, ça peut être une circonstance atténuante, mais pour la justice, c'est un délit", conclut le journaliste.

"Il y a l'hypothèse où il est dans le coup"

Selon Fabrice Lhomme, une des hypothèses effectivement, c'est que Karim Benzema a rendu "service à un service désintéressé". "Mais soyons honnête, ce n'est pas du tout certain, et il y a l'hypothèse selon laquelle il sait très bien de quoi il s'agit, et qu'il est dans le coup".

"Quand la juge l'interroge, elle a des éléments très concrets, poursuit Gérard Davet. Notamment une retranscription d'une conversation téléphonique où après avoir vu Valbuena, Karim Benzema parle à son copain, le présumé maitre chanteur, et lui dit : 'ils nous prennent pas au sérieux', et son copain lui dit : 'ils ne vont pas lâcher' – c'est à dire ils ne vont pas payer".

"On s'en fiche de se brouiller avec Benzema ou Nasri"

Habitués des enquêtes sur les ennuis judiciaires de Nicolas Sarkozy ou de Bernard Tapie, Fabrice Lhomme et Gérard Davet suivent cette fois cette histoire de sextape pour Le Monde, qui se déroule dans un milieu, le football, qui ne leur est pas du tout familier. A les en croire, ce n'est pas étonnant de les retrouver sur ce terrain. "Nous ce que nous aimons, c'est l'enquête, explique Gérard Davet. Et l'enquête doit être appliquée à tous les secteurs : la politique, l'économie, la justice et le sport. Et cette histoire de sextape dit beaucoup de l'environnement des joueurs, de leur déresponsabilisation". "Cette déresponsabilisation des joueurs est d'ailleurs dangereuse", comme l'illustre cette affaire. "C'est ce que l'on a voulu raconter (à travers nos articles) (…). On n'a de liens avec personne, donc on s'en fiche de se brouiller avec Benzema, ou avec Nasri".

Philippe Gril avec les GG