RMC

"Il n’y a pas que les bobos qui fument, nos élites aussi": malgré une répression accrue, les Français restent les premiers consommateurs de cannabis en Europe

Années après années, les Français conservent leur titre européen de plus gros fumeurs de cannabis du continent. Et cela malgré une répression accrue de la part des autorités.

Malgré la mise en place d’une amende forfaitaire de 200 euros en cas de consommation et l’intransigeance du ministre de l’Intérieur, la France reste le premier fumeur de cannabis de l’Union européenne. La consommation ne baisse pas alors que 44,8% des Français de 15 à 64 ans ont déjà consommé du cannabis et que chaque jour 1 million de Français fument du cannabis comme le dévoile Le Parisien. Et le phénomène concerne tous les Français: "On fume dans tous les milieux et à tous les âges", rappelle le quotidien.

De nouvelles données qui relancent l'éternel débat: vaut-il mieux légaliser pour avoir un certain contrôle de la qualité et dynamiter les trafiquants de drogue ou accentuer la répression pour endiguer le trafic? Le gouvernement a choisi la seconde solution même si au sein de la majorité même, certains plaident pour un assouplissement. C'est notamment le cas de Jean-Baptiste Moreau, député LaRem de la Creuse et rapporteur général de la mission d’information parlementaire sur le cannabis. Un temps opposé à la légalisation, il plaide désormais pour la légalisation du cannabis thérapeutique, des produits à base de CBD mais également du cannabis récréatif.

Une légalisation pourrait permettre d'endiguer les violences, estime Kaouther Ben Mohamed, présidente de "Marseille en colère" et ancienne éducatrice, qui constate chaque jour que la répression n'a pas l'effet escompté: "A Marseille on défraie la chronique régulièrement. Des jeunes tuent et meurent pour le trafic de cannabis. En tant qu’ex-éducatrice et habitante de ces endroits, je pense qu’il faut se pencher sur le problème et pourquoi pas légaliser. Il y a une vraie industrie derrière, il n’y a pas que les bobos qui fument, nos élites aussi fument".

>> A LIRE AUSSI - "Tout le monde consomme n'importe quoi, n'importe comment": le rapporteur de la mission parlementaire sur le cannabis se dit favorable à une légalisation

"Ce n'est pas une drogue de droite"

Selon les estimations du cercle de réflexion Terra Nova, la simple dépénalisation du cannabis pourrait permettre d'économiser 300 millions d'euros avec la baisse des coûts de la répression. Et les recettes fiscales avec la légalisation permettraient à l'Etat d'engranger entre 1,7 et 2,2 milliards d'euros.

Et au-delà de l’aspect économique, légaliser permettrait de contrôler la qualité vendue et de légiférer : "Détourner le regard n’arrange rien. La répression, ça ne règlera pas le problème. C’est une consommation, une dépendant et une drogue. Il faut y mettre les moyens en terme de prévention et de gestion de la réalité".

Car il ne faut pas oublier le côté addictif et dangereux de la substance: "Il y a une certaine complaisance avec le cannabis. Légaliser serait un échec. Je ne connais pas grand monde a qui le cannabis ai fait du bien. Cela reste un produit qui rend souvent les gens moins intelligents et parfois de manière irrattrapable", rappelle l'avocat Charles Consigny qui estime que "ce n'est pas une drogue de droite".

A titre de comparaison, au Danemark, le second pays où l'on fume le plus de cannabis en Europe, 38,4% des 15-64 ans ont déjà essayé le cannabis, soit six points de moins qu'en France. Et aux Pays-Bas où la substance est légale et en vente libre, seuls 27,7% des habitants ont déjà fumé un joint.

>> A LIRE AUSSI - "On a besoin de revivre": dans l'Eure, les habitants espèrent un allègement des restrictions sanitaires

Guillaume Dussourt