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Joann Sfar: "Si on interdit la kippa, je vais la porter rien que pour embêter tout le monde"

Le dessinateur et réalisateur Joann Sfar a dénoncé ce vendredi dans les Grandes Gueules le débat sur le voile, relancé notamment par Manuel Valls et des élèves de Sciences-Po. Pour lui, il faut dépassionner le débat.

Ce sont "huit jours" qui l'ont "terrorisé". Le dessinateur et réalisateur Joann Sfar, invité ce vendredi des Grandes Gueules, n'a pas apprécié la polémique sur le port du voile, relancée par Manuel Valls, qui souhaite son interdiction à l'université, puis par des étudiants de Sciences-Po Paris, qui ont créé un "hijab day" pour "tourner en ridicule le débat sur le voile".

"On pourrait faire l'économie de ce genre d'agitation et s'approcher des jeunes femmes qui vivent la religion au quotidien pour dépassionner le débat. Il ne faut pas laisser la politique prendre en otage la religion".

"J'ai des amies qui sont voilées, avec qui on rigole du voile. Et puis dès qu'on arrive derrière un micro tout devient tendu, se désole Joann Sfar. Parce qu'il y a Twitter et les réseaux sociaux et parce qu'on devient un instrument de manipulation politique. La religion quand elle est intime n'a jamais embêté personne, c'est dès qu'elle devient un étendard (que c'est problématique)".

"Pas assez de noirs ou d'arabes dans les médias"

Pour Joann Sfar, si la question du voile prend tant d'ampleur, c'est notamment parce qu'il "n'y a pas assez de noirs ou d'arabes dans les médias, du coup ça crée de la frustration dans la rue et les gens vont vers des solutions extrêmes". "Quand on ne se sent pas aimé, on revient vers ses traditions. Si Hollande avait tenu sa promesse du droit de vote des immigrés dans les élections locales, la population immigrée aurait peut-être été moins facilement dans les bras des salafistes. Mais peut-être suis-je naïf ?"

"Les gens vont vers ce qu'on leur propose et dans les quartiers aujourd'hui malheureusement il n'y a que des imams. Si on met plus de librairies, plus de bibliothèques, plus de théâtres, parfois ils iront au théâtre".
P. G avec les GG