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La bourgeoisie d'aujourd'hui c'est les Rougon-Macquart déguisés en hipsters

Christophe Guilluy, géographe et auteur de "Le Crépuscule de la France d'en haut", est revenu ce mardi dans les Grandes Gueules sur le paradoxe qui veut que des villes comme Paris ou Lyon, d'où sont peu à peu exclues les classes populaires, soient dirigées par la gauche.

Dans son essai Le Crépuscule de la France d'en haut, (édité chez Flammarion), Christophe Guilluy, revient sur le phénomène progressif d'exclusion des catégories populaires des grandes métropoles françaises. "Aujourd'hui vous avez un phénomène d'embourgeoisement des grandes métropoles avec parc de logement privé inaccessible pour le commun des mortels à Paris, Lyon, Toulouse…", explique le géographe ce mardi dans les Grandes Gueules sur RMC. "Depuis 30 ans, vous avez une concentration de l'emploi dans les grandes métropoles. C'est pourquoi la majorité des catégories supérieures, dont font partie les bobos, vit dans ces grandes métropoles. Il y a embourgeoisement, gentrification des grandes métropoles".

"Pour la première fois dans l'histoire, les catégories modestes ne vivent pas là où se créent les richesses", souligne Christophe Guilluy.

"Les catégories populaires, du fait de la mondialisation et de la recomposition des territoires, vivent sur la France 'périphérique' - qui ne sont pas exclusivement les zones rurales -, tous ces territoires les plus éloignés des grandes métropoles. Des grandes métropoles elles-mêmes hyper connectés à l'économie monde", poursuit-il.

"Pas de plan machiavélique contre les gens d'en bas"

Et quand on fait remarquer à Christophe Guilluy que ces métropoles embourgeoisées – Paris ou Lyon -, sont dirigées par des maires de gauche, celui-ci ne s'en étonne pas. "La bourgeoisie d'aujourd'hui c'est les Rougon-Macquart déguisés en hipsters, c'est le type sympa et cool qui finalement laisse filer la loi du marché, qui n'est pas un type pervers avec un plan machiavélique contre les gens d'en bas. Mais il a compris que la lutte des classes était dangereuse et qu'il valait mieux jouer sur un verrouillage des classes". "On l'a vu dans la piétonnisation des voies sur berge à Paris, avec l'idée de supprimer les voitures. C'est avec le visage du cool et du sympa, mais ça renchérit encore le foncier". "Il n'y a pas de complot, précise toutefois le géographe. On a laissé faire la loi du marché".

Philippe Gril avec les GG