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Nicolas Baverez: pourquoi les politiques ont tort de ne pas réformer

Selon l'économiste et historien Nicolas Baverez, qui a publié au début du mois "Danser sur un volcan", la réforme du code du travail était nécessaire pour lutter efficacement contre le chômage. Mais, selon lui, le gouvernement a fait fausse route en rétropédalant.

Que pensez-vous de la nouvelle mouture de la loi Travail?

C'est un cas clinique d'écarts entre les maux et la réalité. Il était une fois un pays où il y avait 5,5 millions de chômeurs. Alors que partout ailleurs, on est pratiquement en plein emploi, en tout cas dans les grands pays - aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne - le chômage continue à augmenter.

Dans ce pays également, il n'y a pas de création d'emplois. Aujourd'hui dans le monde marchand, il y a 15,8 millions d'emplois, c'était déjà le cas en 2002. Et pendant ce temps, au cours de l'an dernier, l'Espagne a créé 520.00 emplois, l'Italie en a créé 210.000. Et dans ce pays où l'on sait que le coût du travail est excessif, où le travail est trop taxé, où une réglementation tentaculaire empêche les entreprises de créer de l'emploi, où il y a des incertitudes énormes qui pèsent sur l'embauche - qui est devenue le plus gros risque pour les entreprises - on a eu l'idée de faire une bonne loi et d'essayer de traiter ces problèmes.

Au bout de quelques semaines, on se retrouve une nouvelle taxe sur les CDD. Au lieu de négocier dans l'entreprise, on va continuer à négocier dans la branche, on va créer une allocation universelle pour les jeunes qui devrait être étendue à 900.000 personnes - un coût de 4,1 milliards d'euros. Et enfin l'incertitude qui a été créée sur le licenciement est totalement maintenue.

Une occasion ratée?

C'est une nouvelle manifestation de ce que j'explique depuis longtemps. C'est-à-dire qu'ailleurs, on lutte contre le chômage. En France, on lutte contre l'emploi.

Les opposants à cette loi continuent de se mobiliser. Peut-on réformer les Français malgré eux?

Bien sûr qu'on pourrait réformer. Mais cette réforme a été conduite en dépit du bon sens. Qu'est-ce qu'il faut pour réformer dans un pays démocratique? Il faut une forte légitimité politique. Il faut une vision, un projet et pas des mesures qui tombent du ciel. Il faut des forces économiques et sociales qui soutiennent. Et puis il faut un peu de pédagogie à l'usage des citoyens.

Même avec pédagogie, la CGT et Force ouvrière se seraient opposés…

Dans une démocratie, ce qui est tout à fait normal, il y a des gens qui sont contre et des gens qui sont pour. Quand on lance un objet sans personne qui soit pour, évidemment, on entend surtout ceux qui sont contre. C'est ce qu'il s'est passé.

Sans popularité, est-il possible de réformer?

L'idée que la réforme, c'est la défaite électorale obligée, est une idée fausse. Quand on regarde autour de nous: Angela Merkel a fait des changements, elle a été réélue. David Cameron a été réélu. Et l'Espagnol Mariano Rajoy est quand même sorti en tête des élections.

La France, c'est un cas clinique. Toutes les majorités ont été battues à toutes les élections depuis trois décennies.

Si vous faites des réformes, vous avez un risque politique et électoral. Si vous ne faites pas de réformes, vous avez une certitude: celle d'être battu.

Etes-vous certain que ces nouvelles dispositions auraient vraiment bénéficié aux entreprises?

L'idée qu'il n'y ait qu'une seule mesure, une mesure miracle - comme la sortie des 35 heures ou l'assouplissement du licenciement - qui suffise à créer le plein emploi, c'est évidemment faux.

On a trois chômages en France: le premier est lié à l'insuffisance de la croissance. Le second au coût excessif du travail et à la réglementation, qui faisaient l'objet du projet de loi. Le troisième est technologique, lié à l'évolution de notre environnement, avec un système éducatif qui fonctionne en dépit du bon sens.