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Sarcelles: la note de service qui interdit aux policiers les courses-poursuites

La direction de la police du Val-d'Oise a précisé que dans les cas graves comme les homicides, les policiers pourront continuer à prendre en chasse les véhicules.

C’est une note de service qui interroge. A Sarcelles dans le Val-d’Oise, la commissaire Fabienne Azalbert a décidé de "proscrire totalement la prise en charge d’un engin motorisé", de deux ou quatre roues comme le révélait le Parisien jeudi.

Selon cette note adressée aux services de police, si lors d’un contrôle, “le conducteur du véhicule n’obtempère pas immédiatement aux injonctions visuelles ou sonores, il n’y aura aucune prise en charge tolérée”. Cela signifie donc que les autorités en charge d’effectuer ces contrôles ne seront pas autorisés à poursuivre les individus. 

En cause: ces courses-poursuites seraient à l'origine de trop d'accidents graves, voire mortels dans la ville.

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Pour Franck Lebas du syndicat Unités SGP Police, cette note empêche les policiers de faire leur travail. 

“Imaginez le cruel dilemme pour un fonctionnaire de police, à qui on demande d’interpeller les auteurs de crimes et délits flagrants, et qui vont être obligés de laisser passer le genre de délinquants routiers qu’on rencontre au quotidien. Quelle tristesse, c’est un constat d’échec des politiques successives notamment dans les quartiers difficiles”, assure-t-il. 

"La peur de l'émeute"

Cette décision de la commissaire de Sarcelle intervient après un accident grave dimanche soir où un conducteur d’un scooter s’est grièvement blessé. Un événement qui n’est pas isolé. “Mais qui est-ce qu’il faut blâmer?”, rétorque Franck Lebas dans les Grandes Gueules. 

“Est-ce que c’est le délit routier initial ou est-ce que c’est le fonctionnaire de police qui fait son travail et qui va poursuivre l’auteur de ce délit? L’administration n’a pas la capacité de protéger efficacement les fonctionnaires de police dans le cas où ils seraient incriminés dans un accident de la route lié à une prise en charge de véhicule”, ajoute-t-il.

Il estime qu’avec cette note, on se plie à la loi des cités. “On est dans un plan systémique de la peur de l'émeute”, juge-t-il.

Cependant, il explique que cette consigne ne vient pas du propre chef de la commissaire de police Fabienne Azalbert, mais de plus haut. “Les commissaires de police ne vont pas inventer une telle note. Donc ce sont des rappels”, ajoute-t-il.

Il rappelle également qu’il est très compliqué d’identifier les véhicules après coup grâce à une plaque d’immatriculation. “Dans les quartiers difficiles, les véhicules ne sont pas forcément utilisés par leurs propriétaires”, indique-t-il. 

Guillaume Descours