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Terrorisme: "On est en train de faire ce que Daesh voudrait que l'on fasse"

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique a mis en cause vendredi dans les Grandes Gueules la réponse du gouvernement aux attentats. Pour lui, les mesures décidées sont dérisoires et les éléments de langage utilisés entrent dans le piège de Daesh.

Il y a quelques mois, François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique décrivait dans son livre Comment perdre la guerre contre le terrorisme les manquements et l'inefficacité des mesures prises contre le terrorisme à la suite des attentats de novembre. Après l'attaque de Nice, l'expert dresse encore ce même constat. "On est en train de faire ce que Daesh voudrait que l'on fasse", déplore-t-il dans les Grandes Gueules. Il met notamment en cause les éléments de langage utilisés par le gouvernement et notamment l'emploi du mot "guerre" pour désigner la lutte contre le terrorisme.

"C'est une façon de dignifier les prétendus combattants de Daesh. C'est une erreur. Si vous voulez motiver quelqu'un pour aller chez Daesh, vous allez lui dire qu'il va être un combattant d'Allah (...). Le type qui a écrasé des gosses avec son camion ce n'est pas un soldat, ça va de soit. On utilise les mêmes termes que Daesh", déplore-t-il. 

Pour lui, "les mots sont essentiels". "Le terrorisme c'est de la violence mise au service d'une communication. C'est ça qui différencie le terrorisme des autres formes de criminalité violentes. Il veut faire connaître son message et ses mots", poursuit-il. 

"Les terroristes s'adaptent"

Il estime par ailleurs que le gouvernement a jusqu'à présent utilisé des moyens dérisoires et peu efficaces pour éradiquer le terrorisme.

"On annonce la prolongation de l'état d'urgence comme si l'état d'urgence avait joué un rôle dans l'empêchement de l'attentat de Nice (...). L'état d'urgence le soir du 13 novembre était parfaitement justifié, à l'inverse j'ai dit très vite qu'il ne fallait pas le renouveler. Quand vous donnez un grand coup de pied dans la fourmilière, il y a un rendement, ça marche pendant quelques semaines. Après les terroristes sont comme tout le monde, ils s'adaptent", analyse-t-il. 

Il regrette également l'attitude de Bernard Cazeneuve à l'égard du rapport de la commission d'enquête parlementaire rendu début juillet, balayant ses propositions et en particulier la création d'une agence nationale du renseignement.

"Ce rapport dans les limites qui étaient les siennes avait fait un bon travail du point de vue de l'analyse, assez critique mais fondamentalement constructif et sérieux. Quand on a un gouvernement qui réagit comme ça, y compris devant ses élus à lui, on sait qu'il y a un très gros bug dans le système", regrette François Heisbourg. 

Il plaide lui aussi pour la création d'une agence de lutte contre le terrorisme et aimerait le retour du "renseignement de proximité" ou encore une meilleure coordination des services de police et de gendarmerie lors des opérations d'antiterrorisme. Il prévient toutefois, même si "les idéologies passent", il s'accorde avec Manuel Valls pour dire que la lutte contre le terrorisme islamiste est l'affaire "d'une génération", "Il y a des phénomènes dans nos sociétés qui ne se prêtent pas à des règlements simples et rapides". 

Carole Blanchard avec les Grandes Gueules