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"Au pire, je vais mourir": enlevée et séquestrée par sa famille, Mounia Haddad, élue LREM, se confie sur RMC

"Au pire, je vais mourir": enlevée et séquestrée par sa famille, Mounia Haddad, élue LREM, se confie sur RMC

"Au pire, je vais mourir": enlevée et séquestrée par sa famille, Mounia Haddad, élue LREM, se confie sur RMC - RMC

Mariée de force, puis enlevée et séquestrée par sa famille, cette jeune conseillère départementale d’Indre-et-Loire s'est confiée avec émotion sur RMC.

Un crime d'"honneur et de tradition". Mounia Haddad, jeune conseillère départementale d’Indre-et-Loire, a été enlevée et séquestrée par sa famille, en juillet dernier. Car elle aime un homme qu'ils n'ont pas choisi: "Ils refusaient le mariage parce que les origines n'étaient pas les mêmes, il n'est pas kabyle".

C'était le 18 juillet dernier, à Antibes, loin de Saint-Pierre-des-Corps, où sa famille réside que la jeune femme avait donc fui: 

"J'ai descendu mes poubelles, comme tout le monde. Mon oncle sort d'une voiture. Je ne comprends pas. J'ai vu mon père à l'arrière. J'ai à peine eu le temps de crier que j'étais déjà sur l'autoroute. Dans la voiture, je crie, je me débat. Et je me dis qu'au pire, je vais mourir. Je vais me faire tuer" confie-t-elle en exclusivité sur RMC, ce jeudi. 

Derrière cet enlèvement, son père, ses deux oncles et ses frères: sa famille s'opposait à son projet de mariage en France et voulait la marier de force avec un autre homme, en Algérie, dont la famille est originaire.

"J'aimais un homme en secret depuis des années par choix. Et puis il y aussi beaucoup de pudeur dans la culture kabyle. Il faut être sûre de son choix lorsqu'on s'avance vers le mariage. Il y a ce respect, cette pudeur envers la famille. On ne présente pas n'importe qui à la famille" explique la jeune élue LREM.

"Si je me révolte, je ne sais pas si je rentre en France"

Comme elle le précise sur RMC, depuis plusieurs mois, avant le mois de juillet où elle a évité le drame, sa famille lui mettait la pression pour qu'elle cesse de voir son compagnon pour partir en Algérie afin de se marier par l'homme que ses proches avaient choisi.

"Quand je pars en Algérie, j'ai peur, je n'ai pas d'autre choix que d'y aller. On m'a dit que c'était pour se réconcilier après ce que j'avais fait qui était 'impardonnable, indigne, déshonorant' pour la famille. J'ai été mise face à un mariage qui avait été choisi par toute la famille. J'ai dû dire oui. En quelques secondes, je me suis posé un tas de questions: si je me révolte, je ne sais pas si je rentre en France ; je tente et je vois ce qu'il se passe. J'avais repris ma place dans l'arbre généalogique de la famille" détaille-t-elle.

De retour dans l'Indre-et-Loire, la jeune femme est invité à préparer ce mariage forcé. Face à l'obstination de ses proches, la jeune élue déménage début mai dans les Alpes-Maritimes. Le 18 juillet, Mounia est enlevée. Son compagnon sonne l'alerte. 24 heures plus tard, grâce à la géolocalisation de son téléphone portable, la police retrace son parcours. Cette piste les mène au domicile parental à Saint-Pierre-des-Corps en Indre-et-Loire. La maison est placée sous surveillance.

"J'avais peur de les voir pour la dernière fois"

Le 19 juillet au matin, une bagarre éclate devant l’habitation entre la famille de Mounia Haddad et celle de son conjoint. C'est à ce moment-là, lorsque la police intervient, que la jeune femme sort de la maison pour demander de l'aide.

"J'essaie d'aller mieux. Mais c'est compliqué. J'ai mis un an et demi avant de porter plainte contre ma famille. On ne le fait pas dans l'optique d'être contre sa famille, contre leurs valeurs, mais pour soi" souffle-t-elle.

En début du mois de novembre, la justice a condamné à de la prison ferme une partie de sa famille. Son père, 54 ans, a ainsi écopé de quatre ans dont 18 mois avec sursis, ses oncles à trois ans de prison dont 12 mois et 18 mois avec sursis. Son frère, accusé de menaces de mort, a lui été condamné à 10 mois de prison avec sursis.

La jeune femme n'était pas présente lors du jugement: "J'avais peur, confie-t-elle, des sanglots dans la voix. J'avais peur de les voir, de leurs réactions, de leur comportement. J'avais peur de les voir pour la dernière fois. Je n'ai pas envie que ce moment-là arrive". 
Maïtena Biraben avec Xavier Allain