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Accueillir des réfugiés chez soi ça ne s'improvise pas

Des enfants syriens en transit en Hongrie, le 31 août dernier.

Des enfants syriens en transit en Hongrie, le 31 août dernier. - Vladimir Simicek - AFP

La vingtaine d'associations qui met en relation particuliers et migrants est débordée de demandes de familles qui souhaitent accueillir chez elles des réfugiés. RMC a rencontré une de ses familles. Mais attention, préviennent les associations, l'accueil implique une grande responsabilité.

La photo du petit Aylan a été le déclencheur d'une vague de solidarité des Français. Dons de nourriture, de vêtements, bénévolat... Surtout, de plus en plus de Français sont prêts à s'investir personnellement en accueillant chez eux des réfugiés. C'est le cas d'Anne, qu'a rencontré RMC. Elle s'est portée volontaire auprès d'une association pour accueillir des migrants dans son appartement familial. Elle leur met à disposition une chambre avec une petite salle de bain. "Un peu de mètres carrés dans Paris", comme elle dit.

C'est sa fille aînée Apolline, âgée de 24 ans, qui a décidé de laisser sa chambre. "Ça ne me coûte vraiment rien et pour eux ça leur donne l'impression que la France est ravie d'accueillir des gens qui en ont besoin". "Ma petite sœur est ravie de partager sa chambre avec moi le temps qu'il faudra", sourit-elle.

"Pas de familles dans des maisons isolées à la campagne"

La vingtaine d'associations qui met en relation particuliers et migrants est débordée de demandes comme celle d'Anne. L'association Singa, qui a lancé la plate-forme Comme à la Maison (Calm), a reçu plus de 5.000 offres depuis son lancement en juin. En moins de cinq jours, le "service Jésuite des Réfugiés" a reçu plus de 1.000 propositions d'hébergement par des particuliers.

L'association d'Entraide aux Minorités d'Orient a reçu, elle, une centaine de propositions comme celle d'Anne en une semaine. "Voilà le texte que nous a envoyé une famille : 'Je suppose que vous cherchez toujours des familles d'accueil. Quel type d'accueil cherchez-vous ? Comment ça se passe et qu'est-ce que cela applique ?'", lit son secrétaire général, Elish Yako. Mais avant de pouvoir accueillir des demandeurs d'asile, les logements proposés doivent répondre à certains critères: "On a eu des propositions de familles qui habitent des maisons isolées complètement à la campagne. On ne peut pas envoyer des familles de réfugiés là-bas s'il n'y a pas une ville où elles peuvent faire des courses et les enfants aller à l'école".

"La décision ne doit pas être prise sur un coup de tête"

"Accueillir des réfugiés chez soi ça ne s'improvise pas", prévient Paul de Montgolfier, le directeur du Service Jésuite des Réfugiés. "La décision ne doit pas être prise sur un coup de tête. Il doit y avoir une vraie réflexion et surtout il faut commencer doucement. On ne va pas dire 'je vais recevoir une famille que j'accueille à bras ouvert'. Car après on peut se retrouver en face de pleins de difficultés qui sont trop lourdes et qui ne sont pas de de sa compétence".

Car les familles d'accueil doivent également être très disponibles pour accompagner les demandeurs, comme l'explique Elish Yako. "Il faut qu'il y ait un réseau autour de la famille qui les aide à faire les démarches administratives à la préfecture, à la Sécurité sociale, à Pôle Emploi". Des conditions qu'Anne et sa fille Apolline vont découvrir dimanche lors de leur premier rendez-vous avec l'association.

Philippe Gril avec Marion Dubreuil