RMC

Photo d'Aylan: "Ça peut aider, mais une photo n'a jamais changé le monde"

La photo du jeune Aylan, a été largement publiée par la presse quotidienne britannique.

La photo du jeune Aylan, a été largement publiée par la presse quotidienne britannique. - Justin Allis - AFP

Après la publication jeudi de la photo du jeune migrant syrien mort sur une plage turque, RMC s'est rendue à Perpignan, où se déroule le festival de photo-journalisme "Visa pour l'image". Des reporters de presse réagissent à cette photo et évoquent son impact auprès des politiques.

Il aura fallu la photo d'un enfant de 3 ans, échoué sur une plage de Turquie, pour susciter une véritable prise de conscience du drame des migrants. La photo d'Aylan Kurdi, publiée jeudi, vaut il est vrai plus que tous les discours. Elle est évidemment au centre de toutes les conversations au festival de photo-journalisme Visa pour l’image, qui se déroule comme chaque année à Perpignan et qui réunit des photographes de presse de tous pays. Une grande part du travail exposé cette année au festival concerne d'ailleurs le drame des migrants.

"C'est la mort dans toute son horreur"

"Cette photo nous interpelle d'abord parce que c'est un enfant, explique Pascal Parrot, photographe de presse indépendant. Il est sur une plage qui ressemble furieusement à toutes les autres plages de la Méditerranée. C'est la mort dans toute son horreur, c'est l'avenir qui disparaît avec cet enfant. C'est pour cela qu'elle est universelle". "Elle est d'une très grande violence, mais c'est une violence qui est nécessaire", estime-t-il.

Nécessaire pour éveiller les consciences confirme Dimitri Beck, rédacteur en chef du magazine Polka. "C'est ça la force de la photographie, ça fige et ça devient entêtant, obsessionnel, parce qu'on reste sur une seule image. Ce que l'on voit là est inacceptable et il doit y avoir une réponse".

"Cette photo arrive au bon moment"

Dans la foulée de la publication de cette photo, la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la République François Hollande ont réagi, proposant d'instaurer des quotas contraignants par pays pour accueillir des migrants. "Je pense que cette photo arrive au bon moment, alors qu'il y a une amorce de prise de conscience et au moment où Merkel prend des décisions importantes. Et c'est peut être ça qui fait qu'elle est reprise en ce moment", pense Olivier Jobard, qui expose à Perpignan ses photos d'une famille de réfugiés syriens qu'il a côtoyée pendant un mois.

"Vous croyez encore au politique, vous ?"

Mais Jean-François Leroy, le président de Visa pour l’image ne se fait guère d’illusions. "La photo peut aider, mais la photo n'a jamais changé le monde. Si cette image peut donner envie aux politiques de réagir par rapport au phénomène (des migrants), alors elle aura été efficace et intéressante". Mais quand RMC lui demande si la photo d'Aylan peut vraiment avoir du poids, il répond, mi-amer, mi-résolu : "Vous croyez encore au politique, vous ?".

Les habitants de Perpignan n'ont pas attendu la publication de la photo d'Aylan pour être sensibilisés. L'affiche du festival Visa pour l'image, placardée sur tous les carrefours de la ville, est une photo de réfugiés bloqués à la frontière turque derrière des barbelés.

Philippe Gril avec Jean-Wilfried Forquès